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Témoignage. Depuis qu’il est tout jeune, Paul, 25 ans, a toujours voulu être un garçon

Témoignage. Depuis qu’il est tout jeune, Paul, 25 ans, a toujours voulu être un garçon

À 21 ans, il a réalisé qu’il était transgenre, mais ce n’est qu’il y a quatre mois qu’il a décidé de suivre un traitement d’hormones masculines. Pilosité accrue, voix plus grave, il ne regrette pas son choix.

>> Depuis que je suis tout petit, je me suis toujours senti comme un garçon. De mes cinq à mes onze ans, je ne pensais qu’à ça. J’étais persuadé de ne pas être dans le bon corps.

Le soir, il m’arrivait d’y penser très fort avant de me coucher. J’espérais qu’en me levant le lendemain matin, mon corps aurait changé. Évidemment, ça ne s’est jamais produit. La puberté a été dure.

Ce n’est qu’à l’université, vers 21 ans, que j’ai compris. Je m’habillais, je me coiffais comme un garçon. Parfois, des gens me demandaient :

"Mais, tu es trans ?"

Je ne savais pas ce que cela voulait dire. En cherchant sur internet, j’ai compris. Merde, c’était moi.

J’avais peur de ne pas être vu comme un homme

Quelque part, je ne voulais pas être assimilé à une personne transgenre, mais c’était une évidence. Il m’a fallu du temps pour le réaliser. J’avais peur. Peur de ne pas être accepté par la société, peur de la réaction de mes amis, de ma famille. Et comment est-ce que j’allais trouver un travail ? Et qu’allait-il se passer quand on me demanderait ma carte d’identité ?

Mais ma plus grosse crainte était surtout de ne jamais être vu comme un homme. Je ressentais le besoin de changer de voix et de corps. Je voulais ressembler à ce que j’étais.

J’ai rencontré d’autres personnes transgenres grâce à quelques associations. Leur parler m’a rassuré. Elles m’ont parlé des injections d’hormones. J’y ai réfléchi quelque temps avant de finalement faire ce grand saut.

Depuis quatre mois, je suis un traitement d’hormones masculines. J’en suis ravi.

Psy, endocrinologue… j’avais peur qu’on me dise "non"

Il y a plusieurs manières de procéder pour débuter un traitement hormonal. On peut suivre un protocole officiel, mais c’est souvent très long. Un vrai parcours du combattant.

Je ne voulais pas attendre et je ne souhaitais surtout pas dépendre du bon-vouloir de médecins. Je me sentais homme et je n’avais à le prouver à personne. L’idée même d’être considéré comme un "malade" attendant la décision d’un médecin m’horripilait.

Je suis donc allé voir un psychiatre en dehors de ce protocole officiel. Ça s’est plutôt bien passé. Il m’a questionné sur mon enfance, sur mes attentes et mon ressenti. Au bout de deux rendez-vous, il m’a donné une attestation qui me permettait d’aller voir un endocrinologue. Sur le papier, j’avais enfin l’autorisation pour passer à la prochaine étape.

Chez l’endocrinologue, j’ai passé un examen sanguin pour mesurer le taux de testostérone dans mon sang. Pendant toute cette période, je n’avais qu’une crainte : qu’on me dise "non". Je me demandais ce que les médecins attendaient de moi. C’était très stressant.

Quand j’y suis retourné, il m’a donné la fameuse ordonnance. Je me souviens d’avoir sauté de joie. À peine sorti du cabinet, j’ai couru dans la première pharmacie.

Voix plus grave et une petite moustache

Depuis quatre mois, je suis donc un traitement hormonal. Toutes les trois semaines, je me pique moi-même au niveau des fesses.

Avec le temps, j’ai déjà observé quelques changements. Ma voix est devenue plus grave, ma pilosité plus abondante. J’ai même une petite moustache dont je suis fier. Pour compléter ces modifications corporelles, j’ai également décidé de faire plus de sport de manière à obtenir une carrure plus carrée.

Pour moi, il n’y a pas d’effets indésirables. Je transpire plus, mais ce n’est pas bien méchant. En revanche, j’ai rencontré d’autres personnes qui ont perdu des cheveux à cause des injections hormonales. Mon seul regret, c’est de ne pas l’avoir commencé plus tôt.

J’ai davantage confiance en moi

Ce traitement m’a surtout permis d’avoir davantage confiance en moi. Ma famille a été compréhensive et m’a tout de suite épaulé. Mes amis aussi. Et puis ceux que ça dérange, je les ai écartés de ma vie.

Dans la rue, dans les soirées, les gens ne me demandent plus si je suis transgenre. Je me dis qu’ils doivent me prendre pour un adolescent, mais peu importe. Aujourd’hui, j’assume mon identité transgenre.

Je me sens plus épanoui et j’envisage même d’aller plus loin en réalisant une mastectomie. Une fois que je serai complètement confortable dans mon genre physique et social, une chirurgie de réassignation génitale ne me semble pas absolument nécessaire.

J’ai encore des inquiétudes

J’ai encore quelques inquiétudes, mais elles ne concernent pas ma transition ni mon traitement hormonal. Je me demande encore comment de futurs employeurs vont réagir par exemple. J’ai fait masculiniser mon CV et pour le moment je n’ai pas eu d’entretien.

Au sport, dans les vestiaires, il m’arrive encore d’avoir des coups de stress. Mais le plus dur, ça reste les voyages. Comment les douaniers vont-ils réagir en voyant sur une carte d’identité que je suis de sexe féminin ? J’ai déjà eu une mauvaise expérience.

J’étais dans un aéroport, au niveau de la douane, lorsque l’agent qui m’a contrôlé a déclaré qu’il n’y croyait pas. Il m’a demandé de le suivre. Pendant dix minutes, il m’a traîné parmi tous ses collègues pour qu’ils me voient. Je me suis senti humilié.

Pour un changement d’état-civil plus simple

J’ai la double-nationalité avec un pays dans lequel il est très simple de changer d’état-civil. Une simple déclaration suffit. J’espère qu’un jour la démarche en France sera complètement dépsychiatrisée sans obligation de stérilisation et bien plus simple.

En attendant, je me sens mieux. Et c’est tout ce qui importe. Certaines personnes transgenres ne ressentent pas le besoin d’avoir recourt aux injections hormonales. Je les comprends, mais pour moi, je crois que c’était indispensable.

Par Paul X.
Transgenre
Propos recueillis par Louise Auvitu
leplus.nouvelobs.com