Stéréotypes : Pourquoi certains ont-ils ce besoin permanent de rappeler qu’ils sont des hommes ?

Stéréotypes : Pourquoi certains ont-ils ce besoin permanent de rappeler qu’ils sont des hommes ?

La mise en avant de sa virilité est une figure de style qui revient régulièrement dans le discours du footballeur moyen. C’est fait avec plus ou moins de finesse et vire parfois au dérapage mal contrôlé. Florilège de ces déclarations qui «en ont».

Pourquoi certains ont-ils ce besoin permanent de rappeler qu’ils sont des hommes ? La question est encore plus vraie dans le sport, collectif en général et dans le football en particulier. Pour se motiver, provoquer ou encore se prouver des choses à eux-mêmes, les joueurs usent et abusent d’expressions imagées de plus ou moins bon goût. Mais n’y a-t-il pas d’autres raisons historiques, sous-jacentes à un tel comportement ? «La virilité et l’hyper virilité font partie des valeurs fondatrices du sport collectif masculin. Il faut sans arrêt essayer d’être très démonstratif, explique Serge Simon, ancien international de rugby et médecin de formation. C’est l’univers commun sémantique de ce milieu, un mode d’évaluation réciproque, de reconnaissance, d’intégration et de représentation, comme dans l’armée».

Testostérone,-quand-tu-les-tiensÀ l’image du Caennais Mathieu Duhamel, qui a exhorté ses partenaires à la révolte après la défaite du Stade Malherbe contre Nice (2-3), samedi dernier, ils sont nombreux à se laisser aller devant les micros. Jusqu’à, parfois, dépasser la limite… «Il faut montrer qu’on est à sa place, viril et fort. C’est un reflet un peu exagéré et monstrueux de la société, estime Simon, auteur de Homophobie, 2004, France, un ouvrage dans lequel il rendait publics des courriers haineux reçus par Noël Mamère, le maire de Bègles, qui avait célébré un mariage homosexuel. Car toutes ces expressions n’appartiennent pas qu’au vocabulaire sportif. Elles expriment la société silencieuse et beaucoup plus sournoise qui existe à côté de la partie apparente.» Classés par catégorie et remis dans leur contexte, ces dérapages verbaux qui n’en sont pas, selon Simon, nous révèlent la nature réelle du joueur dans toute son horreur.

Ahmed Kantari : «On a posé les couilles sur la table»

Le 29 novembre dernier, après la victoire étriquée de Lens face à Metz (2-0, 15e journée de Ligue 1), dans un match capital pour le maintien, le défenseur artésien fait part de son soulagement d’avoir gagné, mais surtout d’être sorti de la zone de relégation grâce à ce succès. «On a fait un bon match, on a mis de l’agressivité, explique-t-il sur beIN Sports, avant de se lâcher un peu plus. Heureux ? Oui et non, car on en a pris tellement plein la gueule cette semaine après le match à Lorient. Ce soir, on a posé les couilles sur la table, excusez l’expression.» Quand même…

Fabien Barthez : «On est des hommes et comme on dit, on en a entre les jambes»

Le 12 février 2005, Fabien Barthez crache sur un arbitre, Monsieur Abdellah El Achiri, lors d’un match amical de l’OM contre le WAC Casablanca, au Maroc. Le gardien est suspendu six mois et doit effectuer dix travaux d’intérêt général. Plus d’un mois après les faits, le 23 mars, le champion du monde 1998 s’explique sur RFI : «On est des hommes et comme on dit, on en a entre les jambes. Qui n’a pas craqué un jour ou l’autre ?», dit-il pour justifier sa conduite et ne pas avoir «accepté que (ses) coéquipiers se fassent frapper».

Christophe Revault : «On n’est pas des gonzesses»

Le 22 octobre 1997, avant un match du PSG à Munich face au Bayern en Ligue des champions, Christophe Revault annonce la couleur dans L’Equipe : le club parisien ne se laissera pas faire en Bavière. «Ce sont des colosses, parfois des « brutes ». Ils misent beaucoup sur leur physique, mais on n’est pas des gonzesses, estime le gardien. (…) Si on joue au maximum de nos qualités, nous leur poserons des problèmes.» Le soir même, Paris s’inclinera lourdement (1-5), suite notamment à grosse erreur de Revault, qui ne s’en remettra jamais.

Louis Nicollin : «Ce type est une petite tarlouze»

Le 1er novembre 2009, après la défaite de Montpellier à Auxerre (1-2), le président héraultais Louis Nicollin dérape. Il vise directement le capitaine bourguignon et emploie des propos homophobes. «Pedretti a tout commandé sur le terrain, mais celui-là, quand il viendra à Montpellier, on va s’en occuper, prévient-t-il. Ce type est une petite tarlouze !» Le lendemain, en tentant de s’expliquer dans L’Equipe, Nicollin en rajoutera une couche : «On peut se parler, se dire les choses. On est des hommes, pas des gonzesses.»

Joey Barton : «C’est la même fiotte qui est blessée toute la saison»

Le 2 avril 2013, Joey Barton répond à une interview de Thiago Silva donnée à L’Equipe, dans laquelle le défenseur brésilien parle du milieu marseillais. «Il connaît quoi, lui, au football brésilien ? Je n’ai pas le souvenir de l’avoir affronté en sélection», déclare le capitaine du PSG. L’Anglais réagit aussitôt sur son compte twitter, insultes à la clé : «Thiago Silva. C’est la même fiotte qui est blessée toute la saison. Encore un Brésilien surcoté. Muscle tes ischios espèce de gros.» Le lendemain, il traitera même Thiago Silva de transsexuel.

Zlatan Ibrahimovic : «Viens chez moi et on verra bien si je suis homosexuel…»

Le 11 mai 2010, alors joueur du FC Barcelone, Zlatan Ibrahimovic s’en prend vertement à une journaliste à la sortie de l’entraînement. Depuis sa voiture, la fenêtre ouverte, le Suédois lance: «Viens chez moi et on verra bien si je suis homosexuel… et tu pourras même amener ta soeur !» Une scène surréaliste qui fait suite aux photos dévoilées dans la presse locale de lui très proche de Gérard Piqué. Immédiatement, la rumeur se propage. D’où sa réponse cinglante…

lequipe.fr