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Lutte contre l'homophobie : la Rue de Grenelle avance avec prudence

Lutte contre l'homophobie : la Rue de Grenelle avance avec prudence

La lutte contre l'homophobie et la prévention du suicide des jeunes homosexuels pourrait-elle faire les frais de la polémique sur le genre à l'école ? C'est ce que redoute l'association All Out, qui a rassemblé plus de 26 000 signatures dans une pétition remise le 9 avril au ministère de l'éducation nationale. Un collectif de syndicats de l'éducation et d'associations de lutte contre l'homophobie a aussi fait part de son inquiétude dans un courrier envoyé le 20 mars au précédent ministre, Vincent Peillon.

En cause, le sort réservé à la campagne (sous forme d'affiches, de cartes et de guides à destination des personnels) informant les élèves de l'existence de la ligne Azur, un service d'aide à distance pour les jeunes victimes d'homophobie ou qui s'interrogent sur leur orientation sexuelle. Elle avait été décrite par le polémiste Eric Zemmour, début février, comme un dispositif vers lequel renverrait l'éducation nationale « où l'on demande à des enfants de 11 ans de répondre à des questions » sur leur orientation sexuelle. Son site Internet avait été piraté.

La ligne Azur est une ligne d'écoute destinée à la prévention du suicide dans une population vulnérable, puisque selon diverses études, les jeunes gays ont de six à treize fois plus de risque de faire une tentative. Partenaire de l'éducation nationale depuis 2008, elle recueille un millier d'appels par an, et autant de courriels.

La campagne d'affichage dans les collèges et lycées démarre habituellement assez tard dans l'année. Vincent Peillon s'était engagé, selon les associations, à ce qu'elle débute cette fois en janvier. Or elle n'est toujours pas lancée. « Elle le sera au retour des congés de printemps », assure-t-on Rue de Grenelle, en précisant que « les affiches sont en train d'être envoyées ». « Nous avons l'assurance du ministère que ce sera fait dans les jours qui viennent », confirme Alain Miguet, le responsable de la ligne Azur.

« CONTRER LES RUMEURS »

Yohann Roszéwitch, le président de SOS Homophobie, se dit également « rassuré ». « Il n'y a pas de recul du ministère », affirme-t-il. All Out a eu le même engagement. « L'objectif de la pétition était aussi de montrer que des milliers de personnes sont mobilisées pour contrer les rumeurs fondées sur des mensonges, ajoute Guillaume Bonnet, directeur de campagne de l'association. Elle adresse un message fort pour l'année prochaine. »

Le ministère a cependant formulé pour la première fois une demande qui traduit une certaine prudence : les affiches ne renverront pas au site complet Ligneazur.org, qui rassemble des informations sur l'orientation sexuelle et l'homophobie, l'impact éventuel d'un coming out, des témoignages, etc., mais à une page distincte, n'informant que sur la possibilité de téléphoner ou d'envoyer un mail pour obtenir un soutien.

Les associations de lutte contre l'homophobie qui interviennent en milieu scolaire ont aussi ressenti l'inquiétude de chefs d'établissement. Le Mag, une association de jeunes LGBT qui réalise environ 120 interventions par an, a eu une vingtaine d'annulations. SOS homophobie, la principale sur ce créneau puisqu'elle sensibilise 15 000 élèves par an, a été confrontée à davantage de questions. « Nous avons dû rassurer les directeurs d'établissement, explique M. Roszéwitch. A Versailles, nous avons également rencontré des parents. » Au final, aucune séance d'information n'a été annulée.

Par Gaëlle Dupont
Journaliste au Monde
Illustration : Nawak