Lettre ouverte d'un jeune marié à ses parents, qui ont refusé d'assister à la cérémonie parce qu'il est homosexuel

Lettre ouverte d'un jeune marié à ses parents, qui ont refusé d'assister à la cérémonie parce qu'il est homosexuel

>> Read this gay man’s emotional letter to the parents who refused to attend his wedding

[spacer]

Patrick Bradley est un chroniqueur culinaire new-yorkais ouvertement homosexuel et fondateur notamment du site TheGayFoodie.com. Il s’est marié il y a un peu plus de deux ans mais, invoquant leurs « convictions religieuses », ses parents n’ont pas souhaité assisté à la cérémonie. S’ils ont néanmoins continué de se voir, les échanges sont restés brefs et la tension anxieuse accumulée ne s’est jamais dissipée. Une situation coûteuse en énergie, accompagnée de manifestations physiologiques qui affectent de plus en plus le jeune homme. Il a donc décidé d’exprimer tout ce qu’il avait sur le cœur dans une lettre ouverte publiée dans Out Magazine. Mais, si les messages de soutien affluent depuis, les parents de Patrick n’auront toutefois pas réagi comme il l’espérait :

« J’ai envoyé la lettre à mes parents le 22 octobre dernier », a confié l’américain sur le site BuzzFeed News, « ma mère m’a renvoyé une prière. »

« Chère maman, cher papa,

890 jours se sont écoulés depuis que vous avez tous les deux esquivé mes noces. Je ne sais pas pourquoi j’ai mis si longtemps à réagir. J’avais peut-être peur de ce que vous pourriez penser ou me dire. Ou je craignais sans doute de perdre encore davantage de ma merveilleuse famille, à qui je pense pourtant jour et nuit.

Mais il est temps de crever l’abcès, car je suis épuisé de ces 890 jours déjà passés à être hanté par votre présence, ou plutôt votre absence, pour être précis. Je suis épuisé nuit après nuit de rêver de vous. Et, j’en ai fait un très mauvais cette nuit – l’un de ces rêves qui vous réveille en sursaut et vous empêche de vous rendormir. Donc à 6h22 du matin, après un peu plus de 3 h de sommeil, je vous écris cette lettre – sachant que je pourrais profiter d’une bonne nuit de sommeil avant de reprendre le boulot demain; mais je préfère travailler sans avoir beaucoup dormi que si peu de dignité.

Pour n’exclure personne de la famille (plus longtemps), j’envoie cette lettre à toutes les personnes concernées. Je veux que tout le monde sache ce qui s’est passé lors de ma dernière visite, avant mon merveilleux mariage. Je ne vous écris pas cette lettre pour me venger (même s’il pourrait sembler que ce soit le cas), mais parce que je suis épuisé d’avoir la sensation de marcher sur des œufs avec mes frères et sœurs, mes filleuls, mes neveux et nièces. Je suis épuisé d’être « conciliant » avec vous, « pour le bien de la famille ». Je suis fatigué de ces vacances non-souhaitées et des cadeaux refusés, comme je le suis également par l’audace que vous manifestez en parlant à mon époux (et à moi-même), comme si de rien n’était. Vous n’avez pas honte ?

Je crois qu’il est temps que je donne à la famille ma version des faits, comme je suis d’ailleurs certain que vous avez déjà donné la vôtre. Je mets tout sur la table, pour avoir ma conscience tranquille quand je vous verrai, à n’en pas douter, aux prochaines réunions familiales – réunions que je préférerais désormais éviter si l’un de vous est présent; j’aurai certainement d’autres occasions de toute façon de voir ma famille.

Le 13 mai 2013, je suis venu dans le New Jersey – un jour après la fête des Mères – pour vous emmener déjeuner, parce que j’avais du travail la veille. Vous êtes venus me récupérer à la gare et nous nous sommes arrêtés au supermarché A & P pour acheter une carte d’anniversaire pour l’un des garçons. Sur le chemin, je vous ai expliqué à quel point la famille de Michael, qui venait de Géorgie, du Colorado et bien au-delà – pour en grande partie vous rencontrer ! – était très impatiente de vous voir. Et vous m’avez répondu que vous ne viendriez pas au mariage. J’ai fait de mon mieux pour garder mon calme, avec l’espoir entre temps de vous faire changer d’avis.

Quand nous étions chez A & P, vous avez cité la Bible, alors que des clients s’activaient autour de nous pour faire leurs courses de l’après-midi. Quand nous sommes retournés à la voiture, vous avez parlé de votre peur qu’un ange vous apparaisse en disant : « Arrêtez de prier pour votre fils ! Il est déjà en enfer ! » J’ai compris qu’il était temps de puiser dans mes dernières réserves pour vous lancer implicitement un ultimatum, que je ne m’attendais pas à vous voir saisir :

Je vous ai expliqué, simplement et calmement, que si vous ne veniez pas à mon mariage, vous ne me verriez plus jamais : plus de vacances, plus d’anniversaires, plus d’hôpital, plus d’enterrements. Ce que j’ai entendu ensuite m’a mis en état de choc. Vous avez répondu, sans hésiter : « Nous le savons, j’en ai parlé à ton père la nuit dernière et nous l’acceptons ! Nous te rendons à Dieu ! » Je me souviens que d’autres choses ont été dites, mais je ne vais pas les évoquer. Mais, alors que j’étais choqué de constater que vous préfériez ne plus me voir plutôt que d’assister à mon mariage, vous avez simplement changé de sujet : « Eh bien, je suppose que tu ne veux plus aller déjeuner. » Et, tandis que j’ouvrais la porte de la voiture pour retourner à la gare, l’un de vous m’a soudainement proposé : « Laisse-moi te ramener au train. Que ce soit la dernière chose que je fasse pour toi. »
Si, j’avais pu douter d’avoir bien compris ce que vous veniez de dire, vous n’aurez pas ainsi manqué de le confirmer.

Maman, papa : en n’assistant pas à mon mariage, vous m’avez rejeté, vous avez rejeté mon mari, qui est ma famille proche. En retour, je rejette tous ceux qui rejette ma famille – par respect pour elle. Mais je vous propose une solution.

Je vous pardonne tous les deux, si, devant toute la famille (du plus jeune au plus vieux), vous admettez avoir mal agi; admettez que vous auriez dû être à mon mariage. Parce que je pense que ce que vous avez fait est franchement honteux. Vous avez brisé une famille. Mais ce qui me brise le plus le cœur, ce sont les conséquences sur les plus jeunes – ceux qui l’étaient trop pour comprendre ce qui se passait. Ceux qui auront peut-être envisagé « Patrick doit être mauvais » ou « il doit avoir fait quelque chose de mal parce que mamie n’est pas allée à son mariage ». C’est pour cette raison que je pense que c’est à vous d’avoir honte, pas moi.

Je veux que tout le monde sache la vérité. Et peut-être que la nuit prochaine, je pourrai dormir toute la nuit.

Bien à vous,
Patrick »

Terrence Katchadourian
@stop_homophobie

[spacer]

>> Dear Mom and Dad: About Your Skipping My Gay Wedding

As the world moves forward on the subject of gay marriage, it’s especially painful when some parents refuse to do so, citing their biblical beliefs as an excuse for not supporting their child’s legal and loving step into wedlock. Patrick Bradley, a New York-based food columnist and founder of TheGayFoodie.com, recently contacted me to say his parents had unapologetically served him just such a dis a few years ago, and he’s now ready to reply to them, in this open letter he’s penned to address the hurt they caused. Patrick’s rebuttal to his parents’ intolerance provides a stinging rebuke to the small-minded way in which, to this day, supposedly responsible adults can turn against their own.

Dear Mom and Dad,

It’s been 890 days since the day that you both decided not to partake in my wedding. I don’t know why it’s taken me this long to say anything about it. Perhaps I’ve been afraid of what the family will think, what the family might say. Or perhaps I’ve been afraid of losing even more of my wonderful, beautiful family, whom I think about day and night.

But the time is now because I’ve finally grown too tired of the 890 days and nights of being haunted by your presence—by your lack of presence, to be more precise. I’m tired of night after night of dreaming of you. And tonight, I had the most unpleasant of dreams—one that jolted me from my sleep and disallowed me to return to it. So at 6:22 a.m., after little more than three hours of sleep, I’m writing this letter to you—knowing that it is taking from my opportunity of getting a full night’s rest before work; but I’d rather work on little sleep than on little dignity.

As not to keep anyone in the family excluded (any longer), I’m sending this letter to everyone involved. I want everyone to know what had happened on my last visit to you, before my beautiful, wonderful wedding. I’m not writing this letter in an act of vengeance (even though it feels like it is), but rather, I’m doing it because I’m tired of walking on eggshells around my siblings, godchildren, nephews and nieces. I’m tired of having to be “civil” with both of you, “for the sake of the family.” I’m also tired of the unwanted holiday and birthday gifts, and I’m tired of you having the audacity to speak to my husband (and myself) as if nothing has happened. Have you no shame?

I think it’s time that I told my side of the story to the family, as I’m sure you have already told yours. I want everything to be out in the open, so that I can feel like I have all of my dignity with me when I will undoubtedly see you at family gatherings—gatherings which I now would rather avoid if it means that either of you will be present; I have other ways of seeing my family.

On May 13, 2013, I made the trip out to New Jersey—the day after Mother’s Day—to take you out for lunch because I had to work the previous day. You picked me up at the train station and we stopped at A & P to pick up a birthday card for one of the boys. On the way there, I told you about how Michael’s extended family, who’d be traveling from Georgia,  Colorado and beyond—in part to meet you!—were so excited about meeting you. You simply replied that you both would not be going to the wedding. I tried my best to retain composure, thinking that I’d be able to change your mind before the big day.

By the time we left A & P, you started citing the bible, while unsuspecting shoppers were bustling about us, running their afternoon errands. And by the time we got back to the car, you’d mentioned your fear of an angel appearing to you, saying, “Stop praying for Patrick! He’s already in hell!” I knew then that it was time to go to my last resort and give an ultimatum which I never expected would be fulfilled.

I explained to you, simply and calmly, that if you (both) did not attend my wedding, you would not see me again after the wedding: no holidays, no birthdays, no hospitals, no funerals. What I heard next put me into a state of mild shock. You followed up, quickly and readily, with, “We know that! I talked to your dad last night and we already accept it! We said that we give you back to God!” I recall other things being said, which I’ll omit here. As I sat in shock—shock that you would rather never see me again than attend my wedding—you simply moved onto your next subject: “Well, I guess you don’t want to go to lunch anymore.” As I opened the car door to walk back to the train station, you offered, “Let me drive you back to the train. Let it be the one last thing that I do for you.” If there was any doubt in my mind that I’d misunderstood what you’d said to me previously, you had clarified your intentions then and there.

Mom and Dad: By not attending my wedding, you rejected me, and you rejected my husband, who is my own immediate family. I, in turn, reject anyone that rejects my family—out of dignity and respect for it. But I am offering resolution.

I will forgive you both for what you have done, if you, in front of the entire family (from youngest to eldest) admit that what you both did was wrong; admit that you both should have been at the wedding. Because I do think that what you both have done is shameful. You’ve torn a family apart. But what breaks my heart most is what this has done to the youngest in the family—the ones who were too young to know, or too young to understand what was going on. The ones whose only conclusion was perhaps “Patrick must be bad” or “He must have done something wrong because Grandma didn’t go to his wedding.” That is where I think you both should bear the shame, not me.

I want everyone to know everything. And maybe tonight, I’ll finally be able to sleep the whole night through.

With Best Intentions,
Patrick