L'Allemagne réhabilite les homosexuels condamnés après-guerre sur la base d'un texte nazi

L'Allemagne réhabilite les homosexuels condamnés après-guerre sur la base d'un texte nazi

Ce jeudi 22, « afin de tenter de panser les plaies », les députés du Bundestag ont adopté à l'unanimité le projet de loi porté depuis plus d'un an par le ministre social-démocrate de la Justice Heiko Maas, pour réhabiliter et indemniser les quelques 50 000 hommes condamnés pour homosexualité après la Seconde Guerre mondiale, au nom de l’article 175 du code pénal allemand.

De 1872 à son abrogation en 1994, ce texte a puni de prison « les actes sexuels contre nature (…), que ce soit entre personnes de sexe masculin ou entre hommes et animaux ». Sa sévérité avait encore été accrue en 1935 par un amendement nazi, prévoyant jusqu'à dix ans de travaux forcés.

Plus de 42 000 hommes ont ainsi été condamnés sous le IIIe Reich. Maintenu après la guerre, cet article 175 restera pendant des décennies la seule survivance légale des persécutions nazies et conduira à 50 000 nouvelles condamnations dans la jeune démocratie ouest-allemande.

Ces survivants bénéficieront donc désormais d'une « indemnisation forfaitaire » de 3000 euros, ainsi que 1500 euros par année de détention, avec le financement à hauteur de 500 000 euros d'une fondation spécialisée dans le travail de mémoire sur le sujet.

L’initiative survient quelques mois après l’annonce de la « loi Turing », pour les homosexuels condamnés en Angleterre et au pays de Galles, à la différence que le texte ne s’applique qu’aux défunts. Seule l’Ecosse a annoncé vouloir aussi réhabiliter les vivants.

Pour la communauté gay en Allemagne, l’annulation des condamnations est perçue comme un pas supplémentaire vers leur reconnaissance, alors même que le mariage entre personnes de même sexe n’existe pas dans le pays.

Le Parti social-démocrate a décidé de militer en sa faveur lors des élections législatives de septembre, face à l’Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel. Son aile bavaroise CSU, la plus conservatrice sur les questions de mœurs, y reste opposée.