La romancière franco-marocaine et Prix Goncourt Leïla Slimani lance un nouvel appel en faveur des LGBT

La romancière franco-marocaine et Prix Goncourt Leïla Slimani lance un nouvel appel en faveur des LGBT

Se défendant d’être « une fauteuse de trouble », la romancière Leïla Slimani, nouveau Prix Goncourt, a lancé un nouvel appel en faveur des droits des homosexuels dans une chronique publiée jeudi par le site francophone marocain Le360.

« Il faut s’imaginer que des hommes dorment au fond des cellules des prisons; ils perdent leur statut, leur réputation, leur dignité en raison de leur choix sexuel », écrit la romancière.

Réagissant sur France Inter à l’arrestation de deux jeunes filles mineures à Marrakech, jugées pour homosexualité, Leïla Slimani avait déjà pris la défense des homosexuels au lendemain de l’attribution de son Goncourt, le plus prestigieux des prix de l’édition francophone, pour « Chanson Douce » (Gallimard). Elle avait appelé les Marocains à se rebeller contre « une législation moyenâgeuse » qui les maintient « sous une chape de plomb ».

Contrairement à ce que des esprits chagrins prétendent, « je ne suis pas un agent de l’occidentalisation », insiste la romancière. « La seule chose que je défends c’est le droit de chacun à vivre dans la dignité, à disposer de son corps et de ses droits, à être protégé de la violence sociale ou familiale. D’ailleurs, il faut être honnête et rappeler qu’en Occident aussi le combat est loin d’être gagné. Mais lorsqu’elle prétend que “l’homosexualité est une abomination”, Christine Boutin est condamnée. Et c’est tout à l’honneur du Vatican, pourtant autorité religieuse conservatrice, d’avoir condamné les immondes propos d’un prêtre pour qui les séismes qui ont touché l’Italie sont une “punition divine” liée aux unions civiles entre homosexuels. Rien dans notre culture ne doit nous empêcher de mener un travail de fond pour lutter contre l’homophobie, cette culture de la haine et de la violence », poursuit-elle, déplorant « une vague sombre et glaciale qui est en train d’envelopper le monde » :

« De Trump à Poutine en passant par Orban ou Duterte, ces figures d’autorité valorisent la virilité la plus rétrograde, s’affichant volontiers misogynes et homophobes.  Dans ce climat délétère, il serait tragique de courber l’échine. Il faut plus que jamais tenir, car il suffit d’un rien pour que les humanistes, les amoureux de la liberté, les marginaux ou les femmes, soient réduits en poussière. »

La romancière avoue également avoir « peur, souvent » et de la peine aussi face aux messages « haineux, violents, racistes, misogynes » qu’elle reçoit.

« Quand on m’accuse de tous les maux, qu’on me prête des intentions que je n’ai pas. Quand on m’insulte. Mais pour me donner de la force, je me dis que la liberté dont je dispose doit servir ceux qui en sont dépossédés. Que les mots qui sont à ma portée doivent raconter le destin de ceux qui sont voués au silence. Oscar Wilde était l’impertinent absolu. L’homme qui refusait le conformisme, qui acceptait de choquer et donc d’être seul », conclut-elle, avant de rappeler « que le pire est toujours possible et c’est pour cela qu’il me semble nécessaire de défendre ce qui nous paraît bien, tant qu’il est encore temps. »

Valentine Monceau
stophomophobie.com