Haïti : Mariage de même sexe et « promotion » de l’homosexualité, passibles d’amendes et peines de prison

Le Sénat haïtien a voté, ce 2 août 2017, une proposition de loi (par 14 voix pour, 1 contre et 1 abstention) qui, en renforçant des dispositions du Code civil relatives au mariage et à la protection de la famille, interdit « toute célébration d’union entre deux personnes de même sexe » et « manifestation publique d'appui à l'homosexualité et de prosélytisme en faveur de tels actes », considérés, « sous quelque forme et moyen que ce soit », comme « un délit d’outrage aux bonnes mœurs et à la pudeur. »

Les contrevenants, « auteurs, co-auteurs et complices », encourent désormais des peines jusqu'à trois ans d'emprisonnement et une amende de quelque 500.000 gourdes (un peu plus de 6.700 euros). « Aucun étranger » ne pourra par ailleurs « se prévaloir de son statut personnel et des provisions de la loi de son pays ».

« Tous les sénateurs sont opposés au "mariage homosexuel". Donc ceci n'a fait que refléter leurs engagements pris au moment des campagnes », a expliqué à l'AFP Youri Latortue, président du Sénat, pour justifier le caractère religieux des arguments avancés, lors de la longue séance de vote.

« Cette prédominance a agi au niveau de l'assemblée et, quoique l'État est laïc, ce sont des gens qui ont une foi qui sont aujourd'hui en majorité... Quand vous avez un pays, il faut vous attacher à vos valeurs et à vos traditions. A l'étranger, certains le voient différemment mais, en Haïti, c'est comme ça », a-t-il insisté, relayant l'idée, répandue à travers le pays selon laquelle l'homosexualité est une pratique uniquement occidentale.

Le sénateur Carl Murat Cantave, médecin de formation, l'a également souligné, se réjouissant, en tant que porteur du texte, d'une mesure censée « protéger la jeunesse et la famille de la dépravation, et le pays de toute déviance d’émanation étrangère. »

« Il faut empêcher l’abomination » dans ce pays, a-t-il soutenu, liant, dans une suite de références bibliques, dont « Sodome et Gomorrhe », l'homosexualité aux intempéries et catastrophes naturelles, comme en 2016, avec l’ouragan Matthew qui a ravagé l'île, « à cause de la sodomisation ».

« On considère ça comme un attentat contre la communauté », s'est désolé Charlot Jeudy, président de l'association LGBT « Kouraj », regrettant les divisions suscitées par le texte au sein de la société, qui viennent encore renforcer « les préjugés et discriminations ».

« Que cette nouvelle loi ait à préciser que seule la police et la justice peuvent intervenir en cas d'infraction révèle la menace qui pèse », a-t-il ajouté. Inquiétudes partagées par le sénateur Kédelaire Augustin, qui s’est abstenu lors du vote, dénonçant des articles « en contravention aux droits fondamentaux de la personne humaine. »

Constatant « une aversion naturelle chez beaucoup de gens contre les gays et les lesbiennes », il estime en effet que cette loi « peut créer un terrain propice aux dérapages, à la violence. »

Seul Patrice Dumont a voté contre ces mesures, qui doivent encore être approuvées par un vote parlementaire.

Terrence Katchadourian
stophomophobie.com

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