EXCLUSIF - Bernard Roman : « Il y a un mouvement qu’aucune Eglise ne pourra arrêter dans une république laïque et fraternelle et ce mouvement c’est celui de l’égalité »

Bernard Roman, député PS du Nord, membre de la Commission des lois à l’Assemblée nationale, était présent à la marche pour l’égalité des droits qui se déroulait samedi, à Lille. Il est l’un des parlementaires qui sont favorables au recours à la PMA (procréation médicalement assistée) pour les couples lesbiens. Il a bien voulu répondre à quelques questions en exclusivité pour STOP HOMOPHOBIE.

Vous êtes député de la 1ère circonscription du Nord, vous êtes très impliqué dans projet loi sur du mariage et de l’adoption pour les couples de même sexe. Pour quelles raisons ?

« Je crois d’abord qu’il faut dire que l’on est à la marche pour l’égalité. Il y a des moments où on marche un petit peu plus vite que d’autres et là on marche un peu plus vite que d’habitude, parce que pour la première fois dans l’histoire de la République française, le Conseil des ministres mercredi dernier, il y a trois jours, a adopté le principe du mariage pour tous et de l’adoption pour les couples homosexuels. Cela fait des années, des dizaines d’années, que ce combat existe et il est en train de prendre forme d’une certaine manière et moi je suis de ceux qui, impliqué dans ce combat depuis vingt ans maintenant, y trouvent une immense satisfaction sur le plan de la conception même de la République française. Elle est ouverte, elle est égalitaire, elle est fraternelle, elle est laïque et donc je crois que c’est un pas formidable qui vient d’être franchi. »

Justement, comme vous venez de le rappeler, la France est laïque. Que pensez-vous de l’attitude actuelle de l’Eglise catholique qui est opposée à cette mesure pour l’égalité ? Est-elle dans son rôle ?

« Je pense que, comme je vous l’ai dit, que la France est laïque. Les Eglises peuvent avoir leur point de vue mais je crois que le meilleur soutien qu’ont aujourd’hui ceux qui se battent pour l’égalité des droits, c’est l’opinion publique, c’est la société française. Quand vous regardez le dernier sondage de l’IFOP, qui est sorti cette semaine dans le Monde, vous voyez naturellement qu’il y a 65 % des Français qui sont pour le mariage pour tous, le mariage homosexuel, disons les mots. Mais quand vous regardez les détails, vous voyez qu’il y a 84 % des moins de 35 ans qui y sont favorables. Cela veut dire qu’il y a un mouvement qu’aucune Eglise ne pourra arrêter dans une république laïque et fraternelle et ce mouvement c’est celui de l’égalité. »

On a entendu dire que François Hollande n’était pas très convaincu par le projet de loi. Dans son entourage proche, Bernard Poignant, maire PS et qui est l’un de ses conseillers, y est même complètement défavorable. Pensez-vous que cette réforme tient à cœur au président de la République ?

« Ecoutez, c’est la première fois dans l’histoire des élections présidentielles qu’un candidat aux présidentielles, socialiste, met au programme le mariage homosexuel, le mariage pour tous. C’est la première fois que quelqu’un ose dire adoption pour les couples homosexuels. C’est la première fois qu’un président qui s’est engagé, dans les 3 mois qui suivent, propose au Conseils des ministres, car c’est lui qui propose au Conseil des ministres, ce projet de loi. Et donc je pense qu’on ne peut pas caricaturer cette position. Pourquoi on dit ça ? Parce que certains souhaiteraient qu’on aille plus loin. Je suis de ceux-là. Mais tout en souhaitant qu’on aille plus loin, il ne faut pas non plus ignorer que c’est un pas en avant formidable que nous propose le président de la République. »

Propos recueillis par Giuseppe Di Bella