Espiogiciel : Un « tout en un » pour maximiser vos chances de découvrir l'orientation sexuelle de votre fils

Espiogiciel : Un « tout en un » pour maximiser vos chances de découvrir l'orientation sexuelle de votre fils

C'est l'argument de « FireWorld », fournisseur de « Spywares », ou « codes parasites », généralement inclus dans des programmes téléchargés sur internet et qui s'installent sur les ordinateurs, notamment, pour récolter des informations à l'insu de l'utilisateur. Une solution, « tout en un », en version gratuite ou payante, pour vous aider à établir, et « avec certitude », si votre fils est « gay », indiquait l'éditeur, dans un article depuis supprimé de son site, pour promouvoir le logiciel.

Faire rapidement « éclater la vérité ». C'est en effet « essentiel », surtout « si vous tenez à la continuité de votre famille » et « connaître ce bonheur d'être grand-parents... » Car « l'orientation sexuelle de vos enfants en est directement responsable ». Et, « s'ils sont généralement hétérosexuels, ce n'est pas le cas de tous. Et si certains l'assument haut et fort, une majorité préfère se faire discrète sur le sujet ».

Quelques indices : « Il aime prendre soin de lui (vêtements, coiffure, esthétique...) », « alors qu'il est beau garçon, vous ne l'avez jamais vu avec une fille ». D'ailleurs, « petit, il était timide », ou encore « Le football et sports similaires ne l’intéressent pas. » Il préfère aussi « le théâtre, la lecture ou la photo. Il a choisi de se faire percer à l'arcade ou à la lèvre, ou d'une seule boucle d'oreille du côté droit », et « il s'intéresse à certaines chanteuses et stars divas », « entouré d'amies et non d'amis... » « Certains éléments ne trompent pas ! »

Mais « si le monde des gays est relativement restreint et méconnu », il existe aussi des sites web, « qui sont pour ainsi dire dédiés à cette communauté », et « utiliser notre logiciel espion pour surveiller un ordinateur à distance est un bon moyen de découvrir si votre fils fréquente de tels forums ». Vous pouvez enfin pirater son compte Facebook, surveiller ses échanges, touches saisies sur le clavier, ou même procéder à des enregistrements audio et vidéo.

Prévention toutefois : « Il ne faut pas se montrer égoïste, si votre enfant est gay, il n'y peut rien car ce n'est pas un choix. Vous devriez l'accepter tel qu'il est car après tout, tant qu'il ne se met pas à porter des robes et à se mettre du rouge à lèvres, il est tout aussi normal que n'importe quel autre jeune de son âge », conclut Fireworld, avant d'avertir ses clients qu’une utilisation de ce logiciel à des fins malveillantes les expose « à un procès pour violation de vie privée ».

Me Etienne Deshoulieres rappelle également que « la mise à disposition d'un logiciel espion visant à révéler l'orientation sexuelle d'un tiers peut relever de l'intrusion frauduleuse dans un système informatique (article 323-1 du code pénal), de l'atteinte à la vie (article 226-1 du code pénal) ou encore du traitement illicite de données personnelles (articles 226-16 à 226-24 du code pénal). FireWorld a donc été bien avisé de supprimer son offre. »

Contacté par l'Amicale des jeunes du Refuge, le gestionnaire du site s'est excusé « auprès des internautes qui auraient pu se sentir touchés ou blessés par ces contenus, qui n'avaient pour seul but que d'améliorer le référencement internet sur Google. Ils n'étaient pas destinés à être lus par des humains. Sachez que nous regrettons de n'avoir pas réfléchi quand aux conséquences... En tant qu'humains, nous apprenons de nos erreurs, et une fois encore le but ici n'était en aucun cas de porter atteinte à qui que ce soit... »

Les mentions légales de l'entreprise n'étant pas spécifiées, ce qui est pourtant obligatoire en France, l'association a en outre alerté la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés (CNIL), missionnée pour protéger nos données personnelles,  ainsi que la secrétaire d’Etat à l’Egalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, qui a réagi sur Twitter, estimant que tout ceci « démontre qu’homophobie et sexisme prennent racines dans les mêmes stéréotypes de genre ».

Joëlle Berthout
stophomophobie.com