Le conservateur pro-européen Péter Magyar a remporté les élections législatives en Hongrie, mettant fin à seize années de pouvoir du Premier ministre nationaliste Viktor Orbán, qui a reconnu sa défaite ce dimanche 12 avril. Ce scrutin marque un tournant politique majeur dans ce pays d’Europe centrale, régulièrement critiqué pour ses atteintes à l’État de droit et aux libertés fondamentales.
Selon des résultats quasi définitifs, le parti Tisza de Péter Magyar obtient environ 138 sièges sur 199 au Parlement, soit une majorité des deux tiers. Une telle avance lui donnerait la capacité de réformer en profondeur les institutions façonnées depuis 2010 par Viktor Orbán, qui a bâti un modèle qualifié de « démocratie illibérale ».
« Les résultats sont douloureux mais sans ambiguïté », a déclaré le chef du gouvernement sortant, reconnaissant ne pas avoir obtenu la responsabilité de gouverner et indiquant avoir félicité son adversaire. À 45 ans, Péter Magyar, encore novice en politique il y a deux ans, est parvenu à fédérer une opposition longtemps fragmentée, en promettant davantage de transparence institutionnelle et un rapprochement avec l’Union européenne.
Le scrutin, marqué par une participation proche de 78 %, reflète une forte mobilisation, notamment chez les jeunes et dans les zones urbaines. Il était suivi de près par les capitales européennes et Washington, dans un contexte de relations tendues entre Budapest et Bruxelles. L’Union européenne a en effet gelé une partie de ses financements, en raison de préoccupations liées à l’indépendance de la justice, à la liberté des médias et au respect de l’État de droit.
Sur la scène internationale, Viktor Orbán s’est rapproché de dirigeants comme Vladimir Poutine et a régulièrement critiqué les sanctions européennes contre la Russie depuis l’invasion de l’Ukraine. Il a également entretenu des liens politiques et idéologiques avec plusieurs formations européennes de droite radicale, dont le Rassemblement national en France, avec lequel il partage notamment des positions convergentes sur l’immigration, la souveraineté nationale et la critique des institutions européennes.
Il a aussi fait de la souveraineté nationale et de la lutte contre l’immigration les piliers de sa politique, accompagnés d’une rhétorique souvent jugée hostile envers certaines minorités.
Dans ce contexte, les droits des personnes LGBTQIA+ ont constitué un point de tension récurrent entre Budapest et ses partenaires européens. Plusieurs lois adoptées ces dernières années ont restreint la visibilité des personnes LGBT+, notamment dans les médias et l’éducation, alimentant un climat de stigmatisation dénoncé par de nombreuses organisations de défense des droits humains. La proximité idéologique entre Viktor Orbán et plusieurs partis européens de droite radicale, dont le RN, a contribué à diffuser et normaliser dans le débat public certaines de ces références politiques en matière de « valeurs traditionnelles » et de politiques dites anti-LGBT+.
Sans en faire un axe central de campagne, Péter Magyar a axé son programme sur la lutte contre la corruption, la relance économique et le rétablissement de l’État de droit. Sa victoire ouvre une période d’incertitude politique, mais aussi d’attentes fortes de la société civile, notamment sur les droits fondamentaux et la non-discrimination.
Si cette alternance constitue un signal politique majeur, ses effets concrets sur les droits des personnes LGBTQIA+ dépendront des orientations du nouveau gouvernement et de sa capacité à traduire ses engagements en réformes. Dans un contexte européen où les reculs démocratiques restent possibles, ce scrutin illustre à la fois la fragilité et les dynamiques de protection des libertés fondamentales au sein de l’Union européenne.
















