Lettre d’une Tunisienne à Angela Merkel : Comptez-vous livrer à la meute les homosexuels demandeurs d’asile?

>> « Liebe Frau Merkel, wollen Sie, dass wir gelyncht werden? »

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Rihab Boukhayatia est journaliste, notamment pour le HuffPost-Maghreb, et juriste en droit constitutionnel et science politique. Militante, elle a adressé une lettre ouverte à la chancelière allemande, suite à la décision de l’Allemagne en janvier dernier de classer la Tunisie, aux côtés de l’Algérie et du Maroc, dans la liste des « pays d’origine sûrs » afin de durcir les conditions d’asile pour les ressortissants de ces États du Maghreb, qui appliquent pourtant des lois anti-LGBT très sévères. Une décision, souligne la journaliste, en réaction aux agressions du nouvel an à Cologne, où des Maghrébins ont été mis en cause par la police fédérale allemande.

Mais, cette loi censée faciliter le renvoi des réfugiés maghrébins est toutefois bloquée au niveau du parlement allemand, « une chance peut-être pour éviter l’irréversible », précise encore Rihab Boukhayatia, pour qui l’irréversible est « qu’un État démocratique qui prétend préserver les droits humains au sens universel livre aux abois des personnes persécutées dans leur pays d’origine à cause de leur orientation sexuelle. »

« Ces personnes ne font-elles pas partie des êtres humains dont vous prétendez défendre les droits les plus élémentaires? Vos droits concernent-ils, se limitent-ils seulement aux Allemands? Vos valeurs s’évaporent-elles au seuil de vos frontières? Comptez-vous renier vos valeurs? Comptez-vous faire la sourde oreille face aux appels au secours de ces personnes venues solliciter un humanisme piétiné sous d’autres cieux?

Comptez-vous tourner le dos à des personnes qui ne cherchent qu’à sauver leur peau, à des personnes poursuivies par une horde de persécuteurs parmi leurs compatriotes, sous le joug même des patrouilles de police dans des pays qui refusent l’existence même des homosexuels? Auriez-vous la conscience tranquille? ou le machiavélisme politique ne laisse jamais de place à un brin d’humanité?

Vous ne pouvez abréger toute la misère de ce monde – aucun autre État ne peut se vanter de le faire – mais vous pouvez sauver quelques vies et c’est tout à votre honneur.

Craignez-vous une horde d’envahisseurs étrangers? N’ayez pas peur.

Il suffit de voir combien ils sont, pour vous rendre compte que vous vous leurrez. Ce ne sont ni des terroristes poseurs de bombe, ni des personnes susceptibles d’ébranler « votre mode de vie », « vos valeurs ». Bien au contraire, ils en sont les plus fidèles défenseurs. C’est pour cette raison qu’ils sont malmenés.

Cette loi en gestation n’est qu’un aveu de vos échecs à maitriser la question de l’asile.

Une loi pour les camoufler? Le droit d’asile n’est pas automatique mais soumis à certaines conditions bien précises et strictes pour déceler les imposteurs, des vrais demandeurs d’asile.

Votre échec à appliquer auparavant des lois existantes en la matière justifie-t-il une promulgation d’une énième loi dans ce sens?

Savez-vous que les homosexuels, bisexuels et transsexuels sont obligés de vivre en cachette sous peine d’être lynchés au sens propre et figuré. Que ceux qui osent braver le mur du silence sur cette question, que ceux qui osent vivre leur sexualité au grand jour payent le lourd tribut? Que ceux qui osent, tout simplement, sont amenés à vivre dans la clandestinité?

Les exemples sont nombreux: De Bouhdid Belhadi, à Ahmed Ben Amor, en passant par Hédi Sahly, ils illustrent ce calvaire.

Le premier a été amené à interrompre ses études et à vivre caché à cause des menaces qu’il a reçues pour un passage télé où il a revendiqué les droits des homosexuels. Le second, chassé, violenté par sa famille pour son orientation sexuelle assumée, ne peut plus continuer ses études. Le dernier a du fuir vers la Belgique après de multiples menaces de mort.

Je ne vous ai pas cité les autres, ce sont des centaines d’anonymes victimes de violence quotidienne en plein rue à cause de leur apparence, des centaines qui vivent la peur au ventre à cause de l’épée de Damoclès qui plane sur eux – en l’occurrence une loi qui criminalise l’homosexualité de trois années de prison – , de ceux jetés en prison comme de vulgaires criminels en application de cette loi (le procès de Marwen, des six jeunes de la ville de Kairouan, ou des faits divers de meurtres, de personnes, assassinées pour leur orientation sexuelle.

Parmi eux, quelques-uns éviteraient un tel sort macabre si vous acceptiez leur sollicitation pour faire de votre pays leur ultime refuge.

Avez-vous visionné la vidéo du lynchage cruel d’un couple homosexuel à Beni Mellal au Maroc ? Connaissez-vous les homosexuels jetés en pâture en Algérie, empoisonnées dans des « hangars » aménagés en « dortoirs dans les prisons à Alger et à Oran?

Nous, nous les connaissons. »

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Nous pouvons agir pour essayer d’empêcher l’affectation du statut « pays d’origine sûr » pour l’Algérie, le Maroc et la Tunisie. Une pétition est en ligne. Plusieurs milliers de personnes l’ont déjà signée. Rejoignez-nous.

>> Liebe Angela Merkel,

ihre Regierung arbeitet derzeit daran, Tunesien, Algerien und Marokko von der Liste der sicheren Herkunftsstaaten zu streichen. Für Menschen aus diesen Ländern sollen sich in Deutschland künftig die Asylbedingungen verschärfen. Die Gesetzesänderung ist eine Reaktion auf die Vorfälle in der Silvesternacht von Köln, wo auch Menschen aus den Maghreb-Staaten von der Polizei verhaftet wurden.

Ob das Gesetz wirklich verabschiedet wird, ist noch nicht sicher. Die Abstimmung wurde kurzfristig auf Anfang Juli verschoben. Zum Glück. Denn vielleicht bleibt damit etwas Zeit, eine radikale Fehlentscheidung doch noch aufzuhalten.

Denn eine Fehlentscheidung wäre es, wenn ein demokratischer Staat, der behauptet, die universellen Menschenrechte anzuerkennen und zu schützen, die Menschen, die in ihrer Heimat wegen ihrer sexuellen Orientierung verfolgt werden, im Stich lässt.

Sind diese Menschen nicht ein Teil der Menschheit, von der Sie behaupten, dass Sie ihre elementaren Menschenrechte schützen wollen? Oder gelten die Menschenrechte am Ende doch nur für ausgewählte Menschen? Verpuffen Ihre Werte, Frau Merkel, an den deutschen Grenzen?
Frau Merkel, wollen Sie wirklich Ihre Werte verleugnen?

Werden Sie wirklich ein taubes Ohr für die Hilferufe dieser Menschen haben?

Werden Sie Menschen Ihren Rücken zuwenden, die nichts anderes wollen als ihre Haut zu retten? Menschen, die in ihrer Heimat von ihren Mitbürgern wegen ihrer sexuellen Orientierung verfolgt und bedroht werden. Menschen, die sogar von der Polizei verfolgt werden?

Frau Merkel, haben Sie damit wirklich ein reines Gewissen? Lassen die Zwänge der Politik wirklich kein bisschen Platz für Menschlichkeit?

Ich verstehe, dass Sie und dass Deutschland nicht alle Probleme der Welt lösen können. Kein Staat der Welt kann das. Aber Sie können einige Menschenleben retten – und das würde Ihnen zur Ehre gereichen.

Haben Sie Angst, dass eine Horde von Fremden ihr Land überrennt?

Ich sage Ihnen: Sie brauchen keine Angst zu haben!

Es reicht, sich einfach anzuschauen, wer und wie viele es wirklich sind, die Schutz suchen, um euch zu zeigen, dass Sie sich täuschen. Diese Menschen sind keine terroristischen Bombenleger. Sie wollen auch nicht « eure Art zu Leben » zerstören oder « eure Werte ».

Ganz im Gegenteil. Diese Menschen sind die größten Anhänger und Verteidiger eurer Werte. Genau aus diesem Grund müssen sie in unseren Ländern, den Maghreb Staaten, auch um ihr Leben fürchten.

Dieses Gesetz, das Ihre Regierung plant Frau Merkel, ist doch nur dazu da, Ihr Scheitern in der Asylfrage zu verschleiern. Das Asylrecht ist ja kein Automatismus, sondern es ist an sehr genaue Voraussetzungen gebunden, sodass nur Menschen Asyl erhalten, die es auch wirklich benötigen. Was können die Menschen, die wirklich verfolgt werden dafür, dass das Gesetz derzeit nicht richtig angewendet wird?

Frau Merkel, wissen Sie, dass in den Maghreb-Ländern Homosexuelle, Bisexuelle und Transsexuelle ihre Sexualität verbergen müssen, weil sie sonst im wahrsten Sinne des Wortes gelyncht werden?

Wissen Sie, dass diejenigen, die den Mut haben, die Mauer des Schweigens zu brechen und dass diejenigen, die sich trauen, ihre Sexualität offen zu leben, einen hohen Preis dafür bezahlen?

Es gibt viele Fälle, die das zeigen: Da ist zum Beispiel Bouhdid Belhadi oder Ahmed Ben Amor oder Hédi Sahly.

Belhadi war gezwungen, sein Studium zu unterbrechen und abzutauchen, weil er Drohungen erhielt. Und das alles nur, weil er sich im Fernsehen für die Rechte Homosexueller eingesetzt hat.

Ahmed Ben Amor wurde von seiner Familie verstoßen und geschlagen, weil er seine sexuelle Orientierung öffentlich machte. Auch er musste sein Studium abbrechen. Sahly musste nach Belgien fliehen, nachdem er mit dem Tod bedroht wurde. Er setzte sich mit seiner Organisation « Shams » – für die auch ich arbeite – für die Rechte Homosexueller ein.

Das waren nur drei Fälle.
Hunderte werden wegen ihrer sexueller Orientierung attackiert

Hunderte Menschen werden wegen ihrer sexuellen Orientierung täglich Opfer von Gewalt auf den Straßen Tunesiens, Marokkos und Algeriens. Und es gibt Hunderte, die täglich in Angst leben, weil das Damoklesschwert der Verhaftung über ihnen schwebt. In Form eines Gesetzes, das Homosexualität mit bis zu drei Jahren Gefängnis bestraft.

Hunderte Menschen landen wegen dieses Gesetzes in den Gefängnissen wie Schwerkriminelle. Da ist zum Beispiel der Fall des jungen Marwen. Er wurde von der Polizei verhaftet, weil er in einen Mordfall verwickelt gewesen sein soll. Nachdem die Polizisten ihn einer Analuntersuchung unterzogen hat, wurde er der Homosexualität beschuldigt und zu einem Jahr Gefängnis verurteilt (die Strafe wurde mittlerweile reduziert).

Im Dezember wurden sechs Studenten verhaftet und zu dreijährigen Gefängnisstrafen verurteilt, weil ihnen Homosexualität vorgeworfen wurde. Nach der Haftstrafe, so verfügte der Richter außerdem, dürfen sie fünf Jahre lang die Stadt, in der sie studierten, nicht mehr betreten.

Zu diesen Fällen kommen auch noch die zahlreichen Morde an Homosexuellen. Einige von ihnen wären ihren Strafen oder dem Tod entgangen, wenn Sie in Deutschland Zuflucht gefunden hätten.

Haben Sie, Frau Merkel, das grausame Video gesehen, das zeigt, wie ein homosexuelles Paar in der Stadt Beni Mellal gelyncht wird? Einer der Täter bekam eine Strafe von zwei Monaten Gefängnis.

Kennen Sie, Frau Merkel, die Homosexuellen, die in den Schlafsälen der Gefängnisse Algeriens vergiftet werden?

Wir kennen sie.

Rihab Boukhayatia ist freie Journalistin und Mitarbeiterin der Huffington Post Maghreb. Als Aktivistin setzt sie sich für die Rechte von Frauen und Homosexuellen in Tunesien ein.