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« Vous doutez de l'homophobie ? J'ai écrit un édito sur Orlando, voici les menaces de mort qui ont suivi »

« Vous doutez de l'homophobie ? J'ai écrit un édito sur Orlando, voici les menaces de mort qui ont suivi »

Baptiste Beaulieu est médecin généraliste et auteur du blog Alors Voilà. Il a partagé ce lundi sur sa page Facebook un édito, « un minuscule édito » en hommage aux victimes de la terrible fusillade du Pulse. Aussitôt les insultes et des menaces de morts sont tombés, en commentaires et via messages privés. Ses amis ont également été harcelés pour découvrir son adresse.

Il a republié aujourd'hui un message, « non pas pour se plaindre », mais crier que l'acte perpétré à Orlando N'ÉTAIT PAS UN ÉPIPHÉNOMÈNE.
« L'homophobie tue et discrimine TOUS les jours : nos enfants, nos sœurs, nos frères, nos amis, les enfants de nos amis... »

>> L'autre soir, j'ai rédigé un édito sur la tuerie d'Orlando dans laquelle je disais que les 49 victimes avaient été tuées parce qu'elles étaient homosexuelles, lesbiennes ou transgenres. Comme si on mettait fin à nos jours parce que nous sommes blonds, ou bruns, ou que nous avons une fossette au menton, une forte poitrine ou le muscle de l'épaule très galbé.

J'expliquais dans cette tribune qu'être homos, lesbiennes ou transgenres, ce n'est pas un « choix ». On ne choisit pas d'avoir peur de tenir la main de la personne qu'on aime en public. On ne choisit pas de se faire assassiner par un terroriste dans un lieu de fête et de joie.

Partout dans le monde les gens meurent parce qu'ils sont homosexuels, lesbiennes transgenres. À ceux qui disent que la gay pride ne sert à rien, et qu'il n'y a pas d'hétéro-pride: aucun hétérosexuel ne meurt au SEUL motif qu'il est hétérosexuel. Aucun. On ne vous casse pas la gueule pour ça. On ne crève pas les pneus de votre voiture pour ça.

Après cet édito, j'ai reçu aussitôt des insultes et des menaces de mort.

En commentaires et via messages privés. Mes amis ont reçu des messages privés pour connaître mon adresse.

C'était juste un édito, un minuscule édito... Vous doutez de l'homophobie? Mon édito ne précisait pas mon orientation sexuelle, pourtant je m'y faisais traiter de « sale pédale » et ma mère se faisait traiter de « sale chienne qui a fait naître une sale pédale » (je vous épargne les fautes d'orthographe).

Des dizaines et des dizaines d'insultes. Puis cela a été les menaces de meurtre et de viol.

« Ta mère je la viole je la tue avec ma bite je baise ta famille de fils de putes et je les enterre tous ».

Et:

« Viens je te bute... »

Ou, plus freudien de la part d'un homophobe:

« Je te nique ta face »

Plusieurs individus différents s'acharnaient. Là où les choses deviennent plus inquiétantes: je reçois des captures d'écran de ma photo de profil Facebook:

« Je te vois je te tue »

Puis des amis Facebook m'écrivent:

« On a reçu un message de quelqu'un qui nous demande ton adresse personnelle etc... »

Voilà.

Depuis deux jours nous assistons à une invisibilisation de l'événement: on voudrait nous faire croire que c'est l'Occident qui est attaqué. On ne prononce que très peu le mot gay dans les médias (seul le journal Sud-Ouest) et on rappelle avec soin que n'importe qui peut être visé, à n'importe quel moment.

Ne pas dire que les victimes de l'hypercasher étaient juives reviendrait à invisibiliser l'antisémitisme galopant de notre société. Il en est de même ici.

Les victimes sont mortes parce qu'elles étaient gays, lesbiennes et transsexuelles. Que se passe-t-il à votre avis quand les individus qui m'ont écrit croisent des hommes, des femmes ou des transgenres qui se tiennent la main dans la rue? Qui « osent » s'aimer et le montrer sans honte?

Si vous ne savez pas répondre à cette question, si vous ne l'avez pas vécu, c'est un privilège (un immense privilège, même), mais ce n'est pas pour autant que cela n'existe pas.

Je n'écris pas pour qu'on me plaigne. Les victimes sont couchées dans le sol et leurs familles pleurent. J'écris pour dire haut et fort: l'acte de l'autre soir N'ÉTAIT PAS UN ÉPIPHÉNOMÈNE.

L'homophobie tue et discrimine TOUS les jours: nos enfants, nos soeurs, nos frères, nos amis, les enfants de nos amis... L'homophobie est une réalité. Et elle tue.

#LoveisLove
#orlando

Publiée par Baptiste Beaulieu sur Lundi 13 juin 2016

http://www.huffingtonpost.fr/baptiste-beaulieu/tuerie-dorlando-homophobie_b_10454500.html