Turquie : le mouvement LGBTI réprimé, les défenseurs des droits humains poussés vers la clandestinité

>> Turkey : Government crackdown has created 'suffocating climate of fear'. New report on prosecution, detention, intimidation and mass arrests in the country since 2016.

Amnesty International a publié un nouveau rapport ce jeudi 26 avril, accusant les autorités turques d’avoir instauré un « climat de peur glaçant », après le coup d’État raté de 2016, en s’en prenant notamment aux défenseurs des droits de l’homme et personnes LGBTI.

Intitulé Weathering the storm: Defending human rights in Turkey’s climate of fear, ce document révèle que de rares secteurs d'une société civile indépendante jadis dynamique dans le pays ont été épargnés par l'état d'urgence en vigueur depuis. « La répression au niveau national se traduit par des arrestations et des renvois massifs, vide de sa substance le système juridique et réduit au silence les défenseurs des droits humains, menacés, harcelés... »

« Si l'incarcération de journalistes et de militants a fait les gros titres, il est plus difficile d’évaluer l'impact profond qu’a la répression sur l’ensemble de la société turque – mais il est bien réel », insiste Gauri van Gulik, directrice du programme Europe d’Amnesty.

« En se prévalant de l'état d'urgence, les autorités turques ont entrepris, de manière délibérée et méthodique, de démanteler la société civile, d'enfermer les défenseurs des droits humains, de fermer des organisations et de créer un climat de peur étouffant. »

Plus de 1 300 ONG ont ainsi été fermées de manière permanente au titre de l'état d'urgence, en raison de liens peu précis avec des groupes « terroristes ». Il s'agit entre autres d’ONG qui faisaient un travail essentiel en aidant des groupes comme les victimes de violences sexuelles et fondées sur le genre, les personnes déplacées et les enfants. Celles qui continuent d'exister ont signalé une nette augmentation des manœuvres d'intimidation et de harcèlement visant des personnes ou des événements planifiés.

Au cours des trois dernières années, les marches des fiertés ont été interdites à Istanbul et à Ankara, et d'autres événements tels que le festival de films LGBTI ont été supprimés « pour des raisons de sensibilités sociales ».

En novembre de l'an dernier, la préfecture d'Ankara a utilisé des pouvoirs accordés au titre de l'état d'urgence, en place depuis la tentative de coup d'État, afin d'interdire pour une durée indéterminée tous les événements publics organisés dans la ville par des associations LGBTI, invoquant des motifs liés à la « sécurité publique », à la « protection de la moralité et de la santé publiques » et à la « protection des droits et des libertés des autres personnes ».

Ces interdictions générales opèrent un renversement de la tendance progressiste, qui existait avant la tentative de coup d'État, allant dans le sens d'une lutte contre l'homophobie et la transphobie.

« À Izmir, à Istanbul et à Ankara nous pouvons encore nous réunir, mais cela devient très difficile. Avant, nous avions 30 associations à travers le pays, mais la plupart sont maintenant fermées ou ne fonctionnent plus », a déclaré une militante. Mais « aujourd'hui, la plupart des personnes LGBTI en Turquie vivent plus que jamais dans la peur. Au vu de la répression générale qui s’abat sur la liberté d'expression, elles sentent que les espaces de liberté où elles peuvent être elles-mêmes se font rares », ajoute un autre.

Ces personnes ont perdu espoir et pensent qu'il n'y a pas d'avenir pour elles. Un grand nombre d'entre eux sont partis s'installer à l'étranger ou envisagent de le faire.

Cela représente un net revirement par rapport à la situation que nous avons connue en Turquie il y a quelques années seulement, quand les organisations LGBTI étaient de plus en plus visibles et s'exprimaient de plus en plus ouvertement, écrit Amnesty. Lors de la dernière marche des fiertés à Istanbul, en juin 2014, des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues, dans un élan de joyeuse assurance. Mais tout cela semble bien loin aujourd'hui...

« En dépit de l'attaque malveillante, délibérée et ciblée visant des individus et des organisations, il reste encore des personnes courageuses, prêtes à monter au créneau et à s'exprimer », a déclaré Gauri van Gulik, en appelant « la communauté internationale à se mobiliser à leurs côtés et demander aux autorités turques de lever les restrictions pesant sur les organisations de la société civile », mais aussi à mettre fin à la répression des libertés et « d’en finir avec la peur et l'intimidation. »

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