Tunisie : "Derrière le rejet de l’homosexualité, c’est encore le rejet de la différence"

Tunisie : "Derrière le rejet de l’homosexualité, c’est encore le rejet de la différence"

"Le gouvernement tunisien doit s’attaquer au problème des abus sexuels sur les enfants et lâcher la bride aux adultes homosexuels consentants !"

L’ex-ministre de la Justice, Mohamed Salah Ben Aïssa, a proposé – et c’est, peut-être, ce qui lui valu d’être limogé – d’abolir l’article 230 du code pénal tunisien, qui prévoit jusqu’à 3 ans de prison pour sodomie entre adultes consentants.

Cet article homophobe est une honte pour un pays qui se prétend progressiste. Pire encore : il entre en conflit avec la nouvelle constitution, soucieuse des droits et des libertés, y compris sexuelles.

L’homosexualité est un fait de la nature

Mais si, en Tunisie, la sexualité demeure un tabou, les abus sexuels sur les enfants sont courants. Parmi ces abus, la pratique de la sodomisation sur les petites filles pour les garder vierges, c’est-à-dire sans trace d’abus, du moins apparente.

La sodomisation, on le sait, se pratique aussi allègrement dans les prisons, et souvent de manière abusive et par la force.
Que les intégristes cessent de faire les «chochottes» dans le miel doucereux de leur hypocrisie et décident de s’attaquer aux vrais problèmes que d’en chercher de faux qui créent l’illusion d’une morale sauve.

On dénombre 160 cas d’abus sur enfants au cours des premiers mois de l’année en cours, sans compter tous les autres soumis à la loi du silence et de la honte.

Le Coran rappelle dans l’histoire de Loth que la pratique homosexuelle relevait de la nature. Or, avant de s’acharner sur les homosexuels pour qui souvent l’homosexualité n’est pas un choix mais un fait de la nature, puisque la nature elle-même nous apporte multiples exemples saisissants en matière de sexualité – on observe un changement de sexualité plusieurs fois dans une vie, hermaphrodisme, bref, autant d’exemples saisissants –, acharnons-nous sur les vrais problèmes d’une sexualité véritablement déviante, à savoir le viol, un autre sujet tabou en Tunisie.

L’homosexualité n’est pas une sexualité déviante, alors que le viol l’est pleinement.

Derrière le rejet de l’homosexualité, c’est encore le rejet de la différence, l’écrasement d’une minorité, comme les autres minorités du pays.

Une forme de terrorisme

Derrière le rejet de l’homosexualité qu’on pourchasse comme une tare se cache une forme de terrorisme et de contrôle du citoyen qui doit se conformer en tous points de vue à la norme fasciste du nivellement au nom de dogmes ancestraux et surtout l’hypocrisie d’une pseudo-morale bafouée au quotidien. La seule morale à avoir est le respect de l’individu et le respect du vivant, tandis que cette «morale» obscurantiste a toutes les allures du mortifère.

J’appelle à l’abolition de l’article 230 du code pénal, à faire cesser les test anaux sur les jeunes garçons pour prouver leur homosexualité en vue de les faires condamner pour sodomie, et à rendre ces tests systématiques dans les prisons, dans le cas de suspicion de viol de jeunes victimes, surtout lorsqu’il y a dénonciation par des victimes abusées par des gardiens ou des policiers lors des garde-à-vue – opérations au cours desquelles se pratique de façon humiliante le «baisse-toi et tousse» – ou par d’autres prisonniers.

J’appelle au retour à son poste du ministre de la Justice qui a fait ce qu’on lui demandait, à savoir un vrai travail de justice pour lequel il était payé.

J’appelle au respect du vivant contre la morale mortifère.

J’invite le gouvernement à s’attaquer aux vrais problèmes, à savoir les abus sexuels sur les enfants, et à lâcher la bride aux adultes homosexuels consentants, au lieu de s’acharner sur eux avec une violence inacceptable de tout point de vue.

par Djemaa Chraiti
Militante et blogueuse tuniso-suisse