Sénégal : une organisation américaine derrière le durcissement des lois anti-LGBT, un prétexte de « valeurs locales »

Le Parlement sénégalais a adopté ce 11 mars 2026 une loi durcissant la répression de l’homosexualité, présentée par ses promoteurs comme une réponse aux « valeurs culturelles et morales » du pays. Le texte prévoit de porter à dix ans de prison la peine maximale pour les relations entre personnes de même sexe et introduit une infraction visant la « promotion de l’homosexualité ».

Mais derrière ce discours de souveraineté culturelle, une enquête de l’agence Reuters met en lumière l’implication de l’organisation américaine MassResistance, connue pour ses positions opposées aux droits des personnes LGBTQIA+. Selon ces informations, le groupe a été en contact dès fin 2024 avec des militants sénégalais favorables à un durcissement de la législation.

Ces échanges auraient porté sur des stratégies de mobilisation, de communication et de plaidoyer politique, contribuant à structurer la campagne en faveur de la loi. Une stratégie déjà observée dans d’autres pays africains, où MassResistance cherche à appuyer des initiatives locales plutôt qu’à apparaître en première ligne, afin de renforcer leur légitimité nationale. L’organisation met en avant un discours centré sur la défense des « valeurs traditionnelles », tout en fournissant des outils et des récits directement issus des mouvements conservateurs américains.

Reuters précise toutefois ne pas être en mesure d’établir l’influence directe de l’organisation sur le vote final du Parlement. Mais ce cas est néanmoins présenté comme le premier exemple documenté d’une organisation américaine contribuant à une législation anti-LGBT en Afrique depuis le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis en janvier 2025.

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a exprimé sa « profonde préoccupation », estimant que cette loi viole plusieurs engagements internationaux du Sénégal, notamment en matière de respect de la vie privée et de liberté d’expression.

Pareillement, l’introduction de la notion de « promotion de l’homosexualité » ouvre la voie à une extension des poursuites bien au-delà des seules relations entre personnes de même sexe, visant potentiellement militants, journalistes ou acteurs de santé.

Dans un pays où les personnes LGBTQIA+ sont déjà exposées à des violences et à une forte marginalisation, ce durcissement, soutenu en partie par des réseaux internationaux, marque une nouvelle étape dans la restriction des droits fondamentaux.