Un tribunal ougandais a abandonné lundi 2 février la procédure engagée contre le premier homme poursuivi sous l’un des articles les plus sévères de la loi anti‑homosexualité adoptée en 2023.
L’homme, originaire de Soroti, dans le nord-est du pays, avait été arrêté en août 2023 à l’âge de 20 ans et accusé d’« homosexualité aggravée », une infraction qui pouvait entraîner la peine de mort selon la législation.
Au cours de la procédure, le parquet a finalement amendé l’accusation, la ramenant à un chef fondé sur le code pénal colonial ougandais visant le « savoir charnel contre l’ordre de la nature », qui prévoit la réclusion à perpétuité.
L’audience de lundi s’est conclue par la décision du magistrat de clore définitivement le dossier, jugeant le prévenu « mentalement instable » après une longue détention préventive, a déclaré son avocat, Douglas Mawadri. La décision a été prononcée oralement, une version écrite est attendue.
Contexte légal et politique
L’Anti-Homosexuality Act 2023, saluée par ses promoteurs comme une mesure de protection des « valeurs conservatrices », criminalise toutes relations entre personnes du même sexe et introduit des sanctions aggravées pour certains cas, notamment impliquant des personnes vulnérables ou la transmission d’une maladie grave.
Cette législation a été largement critiquée par des gouvernements et des organisations internationales. Human Rights Watch (HRW) dénonce la loi comme un « assaut direct contre les droits fondamentaux des personnes LGBT », soulignant qu’elle a généré un climat de peur et de persécution. Amnesty International insiste sur l’abrogation de la loi, la qualifiant de « grave violation des droits humains ».
Réactions et enjeux internationaux
Sur le plan international, cette législation a entraîné des conséquences diplomatiques et économiques pour l’Ouganda. La Banque mondiale a suspendu pendant près de deux ans l’octroi de nouveaux financements au pays, et certains gouvernements, dont les États‑Unis, ont imposé des restrictions de visas à des responsables ougandais.
La loi a alimenté une climat de peur et de discrimination accrue contre les personnes LGBT+, avec des arrestations, des expulsions de logements et une intensification des discours haineux depuis son adoption.
L’abandon de l’affaire Michael Opolot ne remet pas en cause la loi elle-même, mais marque une étape notable dans la vigilance de la justice face à l’impact humain de la détention prolongée et à la nécessité de respecter les droits fondamentaux des personnes accusées.

















