Mariage pour tous Le projet de loi présenté mercredi, le débat se durcit

Première réforme sociétale du quinquennat, le projet de loi sur le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels, est présenté mercredi au conseil des ministres malgré une opposition virulente des églises et de la droite

Le texte, défendu par la garde des Sceaux, Christiane Taubira, reprend l’engagement de François Hollande d’ouvrir le mariage et l’adoption à tous, au nom de l’égalité des droits avec les hétérosexuels.

Le projet de loi va donner davantage de droits aux époux de même sexe que le PaCS (héritage, pension de reversion) et aussi leur permettre d’adopter l’enfant de leur conjoint.

Mais il n’aborde pas certaines questions auxquelles les associations homosexuelles sont très attachées, notamment la procréation médicalement assistée (PMA).

Pour ces questions le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a renvoyé « à une loi complémentaire qui pourrait être une loi sur la famille ».

Le texte pourrait évoluer lors de son examen au Parlement, qui a été décalé de mi-décembre à janvier pour laisser plus de temps au débat. Un amendement du groupe PS sur la PMA pourrait être déposé.

Deux ministres, celle de la Santé, Marisol Touraine, et celle chargée de la Famille, Dominique Bertinotti, se sont exprimées en faveur d’une PMA accessible à tous.

Mais, en l’état, le texte suscite d’ores et déjà une levée de boucliers à la fois religieuse et politique. Comme pour la création du PaCS en 1998, par le gouvernement socialiste de Lionel Jospin, pourtant jamais remis en cause par la droite revenue au pouvoir.

Des musulmans aux bouddhistes en passant par les protestants et les juifs, toutes les églises ont exprimé, chacune à leur façon, leur désaccord, l’église catholique ayant donné à sa position une solennité particulière, à l’occasion de la Conférence des évêques de France le week-end dernier à Lourdes.

« Une vision de l’être humain sans reconnaître la différence sexuelle serait une supercherie qui ébranlerait un des fondements de notre société et instaurerait une discrimination entre les enfants », a tonné le cardinal André Vingt-Trois, président de la conférence des évêques de France.

Offensive des églises et de la droite

Le cardinal-archevêque de Paris a demandé aussi aux chrétiens de protester auprès des élus.

Pour la droite, cette offensive religieuse est pain béni. Plus de cent parlementaires d’opposition, l’Entente parlementaire pour la Famille, ont écrit au chef de l’Etat pour demander l' »ajournement » du projet.

Gagner du temps, c’est aussi l’idée du député-maire de Meaux, Jean-François Copé, qui a réclamé des « états généraux de la famille ».

L’ancien Premier ministre François Fillon est allé plus loin en déclarant que si le texte était voté, l’opposition le remettrait en cause en cas d’alternance.

Une fronde de maires hostiles s’est aussi organisée, avec notamment le lancement d’une pétition demandant l’autorisation d’un « droit de retrait » pour les élus qui ne souhaitent pas célébrer les mariages homosexuels.

Les opposants soulignent que l’opinion publique évolue en leur faveur, au regard d’un récent sondage Ifop selon lequel les Français ne seraient plus que 48% à approuver l’adoption par les couples homos, contre 53% en août.

Les partisans du projet, et notamment les associations homosexuelles – qui déjà estiment le texte insuffisant – ont vivement contre-attaqué, notamment sur les réseaux sociaux, dénonçant les arguments des religieux et rappelant que la France est un pays laïque.

L’association Inter-LGBT a appelé à manifester mercredi soir près de l’Assemblée Nationale.

SOS homophobie a souligné que dans les pays européens – dont l’Espagne et le Portugal – qui ont ouvert le mariage, l’adoption et la PMA aux couples de même sexe ces dernières années « aucun n’a sombré dans la décadence annoncée, aucun ne remet en cause cette juste réforme ».