Le Président allemand « demande pardon » pour la persécution des homosexuels sous le IIIe Reich et après guerre

En 2008, l’Allemagne inaugurait en plein cœur de Berlin un monument en mémoire des homosexuels persécutés par les nazis et des décennies après par la République fédérale (RFA) et démocratique allemande (RDA). 50 000 hommes, selon les estimations, condamnés sur la base d’un article de 1872, resté en vigueur jusqu’en 1994.

« L’état a infligé de graves souffrances à toutes ces personnes », s’est indigné dans son discours le Président allemand, Frank-Walter Steinmeier, lors d’une commémoration au Tiergarten, ce dimanche 3 juin.

« Je demande pardon pour toutes les souffrances et injustices commises, et pour le long silence qui a suivi ! La fin de la guerre, en mai 1945, n’aura pas vraiment été un jour de libération pour tous ! »

Il aura effectivement fallu attendre l’an 2000 pour que le Bundestag adopte une résolution et 2003, pour que le monument soit envisagé, avec cette inscription rappelant que dans de nombreuses parties du monde encore aujourd’hui, des hommes et des femmes sont réprimés « en raison de leur identité sexuelle. »

La sculpture est signée du duo d’artistes danois-norvégien Michael Elmgreen et Ingar Dragset.

« Le pays a mis du temps à vous rendre votre dignité. Elle est désormais inviolable. Homosexuels, lesbiennes, bisexuels ou queers, trans et personnes intersexes, vous êtes sous la protection de l’état. Mais comment se réjouir, lorsque les injures et violences homophobes continuent de résonner dans les cours de nos écoles ? », a insisté M. Steinmeier, dénonçant indirectement les provocations du co-dirigeant du parti allemand d’extrême droite (AfD), Alexander Gauland, 77 ans, qui a estimé la veille, qu’« Hitler et les nationaux-socialistes n’étaient qu’une fiente dans un millénaire allemand glorieux ». 50 millions de victimes balayées.

« Il faut se souvenir de l’histoire avec honnêteté, se corriger et présenter des excuses, lorsque nécessaire. C’est l’une des forces de la démocratie », a conclu le président Steinmeier.

En juin 2017, le pays a adopté un texte prévoyant une indemnisation forfaitaire par condamnation et par année de détention, ainsi que le financement à hauteur de 500 000 euros d’une fondation spécialisée dans le travail de mémoire sur le sujet. Peu après, les députés votaient, à 393 voix contre 226, la loi ouvrant le mariage à tous les couples.

Valentine Monceau
stophomophobie.com