Christiane Taubira comparée à un singe : l’hebdomadaire “Minute” attend son jugement

Après les condamnations politiques, la condamnation judiciaire? Le tribunal correctionnel de Paris rend jeudi son jugement concernant la Une de l'hebdomadaire d'extrême droite Minute, qui avait comparé la ministre de la Justice, Christiane Taubira, à un singe.

A l'audience, le 24 septembre, le parquet a requis trois mois de prison avec sursis et 10.000 euros d'amende à l'encontre du directeur de la publication de Minute, Jean-Marie Molitor.

En couverture de son édition du 13 novembre 2013, le journal publiait une photo de la garde des Sceaux, avec ce titre: "Maligne comme un singe, Taubira retrouve la banane".

Peu de temps auparavant, Mme Taubira avait été la cible de propos racistes du même acabit, de la part d'une jeune fille lors d'une manifestation d'opposants au mariage homosexuel ou encore d'une ex-candidate FN aux municipales dans les Ardennes.

Une "surenchère" dénoncée par la procureure, Aurore Chauvelot, pour qui le délit d'injure publique raciale est constitué: "Comparer Mme Taubira à un singe, c'est méprisant, c'est outrageant". "Le choix éditorial fait par Minute est clair et assumé", "vous condamnerez ce choix éditorial", avait lancé Mme Chauvelot aux juges de la chambre de la presse.

Après la parution de la Une qui avait suscité une vague d'indignation, la ministre avait dénoncé des propos "d'une extrême violence" déniant son "appartenance à l'espèce humaine". Responsables politiques de tous bords, militants antiracistes et anonymes lui avaient apporté leur soutien.

Dans la presse comme devant les enquêteurs, Jean-Marie Molitor, absent à l'audience, s'était défendu de tout racisme, reconnaissant seulement une couverture de "mauvais goût".

Selon son directeur de publication, l'hebdomadaire n'est "pas un journal d'extrême droite", mais un titre "libre et indépendant". Il a assumé cette Une, selon lui issue d'un "travail collectif".

- "Racisme primaire" -

Un dessin, passé relativement inaperçu, vaut également à M. Molitor d'être poursuivi.

Paru le 30 octobre, il représentait un singe, versant une larme, dont l'avocat déclarait: "Mon client porte plainte pour avoir été odieusement caricaturé en madame Taubira".

Pour ce dessin, le parquet a requis un mois de prison avec sursis et 5.000 euros d'amende contre Jean-Marie Molitor et 2.000 euros d'amende, dont la moitié avec sursis, contre le dessinateur David Miège. Affirmant n'avoir "jamais été attaqué jusqu'à présent pour racisme", ce dernier avait soutenu à la barre qu'il voulait moquer la judiciarisation à outrance.

"Ç'aurait pu être un chien ou un chat", "que Mme Taubira soit noire, bleue, blanche ou jaune, ça ne m'intéresse pas", avait-il affirmé.

"On est en plein dans l'expression du racisme primaire", a plaidé Me Gérard Taieb, avocat du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap), "le fait d'assimiler une personne humaine à un animal, c'est une injure faite à l'humanité tout entière". "Le racisme ne s'est jamais aussi bien vendu, dans une France en crise", a fait valoir Me Jérôme Karsenti, avocat de l'association antiraciste "La Maison des potes".

Accusant Mme Taubira de "victimisation", l'avocat de M. Molitor, Me Frédéric Pichon, avait rétorqué: "cette accusation de racisme qui vise à stigmatiser ses opposants, c'est l'arme absolue, c'est l'arme fatale". Plaidant comme son confrère la relaxe, Me Jérôme Triomphe a jugé les poursuites contre le dessinateur "grotesques et ubuesques".

Les deux avocats de la défense ont demandé au tribunal de surseoir à statuer, tant que Christiane Taubira, qui n'avait pas déposé plainte, est garde des Sceaux. Elle est à la fois "victime désignée" et "supérieure hiérarchique du parquet" qui est à l'origine des poursuites et peut apparaître aux yeux du public, "à tort ou à raison, comme ministre de tutelle" du tribunal, avait plaidé Me Triomphe.

Entre les amendes requises et les dommages et intérêts réclamés par les associations parties civiles, le journal s'était ému dans son numéro suivant l'audience que soit réclamée son "asphyxie financière".

AFP

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