Mariage pour tous, impôts, François Hollande, Nicolas Sarkozy… Dans une interview au Figaro, Michel Sardou commente l’actualité politique

«Si j’avais 25 ans, je quitterais la France» !

LE FIGARO – Comment jugez-vous l’atmosphère dans le pays?

Michel SARDOU – Je sens les Français un peu perdus. Nous ne savons plus très bien où nous allons. Nos dirigeants donnent l’impression de naviguer à vue. Quelle que soit la couleur politique du président et du gouvernement, ils sont pieds et poings liés. Leur marge de manœuvre paraît très faible. Beaucoup de gens pensent que nous avons changé d’époque, alors que nous vivons sur une autre planète. (…)

Diriez-vous, comme Gérard Depardieu, que la France est «triste»?

(…) On nous a enlevé l’envie de prendre des risques. Si j’avais 25 ans, je quitterais probablement la France.

La politique fiscale du gouvernement n’est-elle pas en cause? Le projet de taxe à 75 % n’était-elle pas un mauvais signal adressé au pays?

C’était une connerie. Hollande a voulu ça en réaction au bouclier fiscal de Sarkozy. Nos hommes politiques manquent de bon sens. Dans un foyer, si on est mal à la banque, il faut lever le pied sur les dépenses.

Avez-vous le sentiment de payer trop d’impôts?

(…) Je paye mes impôts en France et je trouve ça normal. Je ne me vois pas dans un paradis fiscal, le cul assis dans le sable à regarder passer les yachts. Je n’ai jamais eu de compte en Suisse. Mais je n’accepte pas que l’on me désigne comme un «ennemi» sous prétexte que je gagne bien ma vie.

Êtes-vous «mariage pour tous» ou «Manif pour tous»?

Je suis favorable au mariage gay. En tant qu’hétérosexuel marié, cela ne m’enlève absolument rien. Je ne me sens pas déshonoré de partager ce droit. Pourquoi les homos feraient-ils de moins bons parents? Ou de meilleurs, d’ailleurs? Ceux qui s’opposent à cette réforme au nom de l’enfant devraient être cohérents avec eux-mêmes et demander l’interdiction du divorce. Derrière les manifestations des antimariage se cache autre chose. Les Français ne se sentent pas en sécurité, ils ont peur pour leur avenir.

Que manque-t-il à nos hommes politiques?

Du courage.

Lors de la dernière élection présidentielle, vous avez vivement critiqué Nicolas Sarkozy. Avez-vous changé d’avis?

J’estime avoir le droit d’ouvrir ma gueule. Nicolas Sarkozy savait ce que m’inspirait sa présidence. Je lui avais dit en face. Mais le moment était mal choisi pour m’exprimer dans les médias. Je pensais qu’il avait une marge d’avance plus importante sur Hollande. Mes propos lui ont fait de la peine, je les regrette.

À droite, qui trouve grâce à vos yeux?

Il y a certainement des bons, mais je ne les connais pas encore.

Et à gauche?

Même constat. Mes hommes politiques préférés sont morts: De Gaulle, Mendès, Mitterrand.
Par Sébastien Le Fol (Directeur adjoint de la rédaction (Culture, TV, Figaroscope)
http://www.lefigaro.fr/politique/2013/05/10/01002-20130510ARTFIG00470-michel-sardou-si-j-avais-25-ans-je-quitterais-la-france.php