Vidéo. 37 ans après son éviction de la Police pour homosexualité, Michel Lapierre raconte

Vidéo. 37 ans après son éviction de la Police pour homosexualité, Michel Lapierre raconte

Le samedi 7 février dernier, Flag ! réunissait ses membres et adhérents en assemblée générale. L’occasion d’effectuer une rétrospective de l’année écoulée, réfléchir sur les perspectives en dévoilant quelques pistes pour l’avenir et élire un nouveau conseil d’administration, composé désormais de 14 personnes. Et, comme l’an passé, entre rapport moral ou d’activités, un invité surprise : Michel Lapierre.

A 66 ans, cet ancien inspecteur « victime de l’homophobie dans la Police Nationale », raconte dans son livre, « Le droit à l’indifférence, coming out chez les flics » (sorti en ce début d’année aux éditions Michalon), « ces années difficiles » et une « blessure » qui pousse encore aujourd’hui des membres de la police ou de la gendarmerie à démissionner, parce qu’ils sont homos et harcelés.

« Être ici pour moi aujourd’hui c’est comme être sur une autre planète. J’ai vécu l’une des plus belles journées de ma vie », explique « Michel » très ému de pouvoir participer à cette 13ème assemblée de l’association. « Rendez-vous compte : nous sommes dans la Salle des fêtes d’une Mairie parisienne, conviés par une association qui défend les droits des policiers homosexuels. A mon époque, l’homosexualité était pénalisée. Alors, sortir du placard quand on était flic, c’était loin d’être évident ! Je savais depuis mon adolescence que j’aimais les garçons. Mais j’étais dans une famille où l’on ne me disait rien… on ne parlait pas d’homosexualité et encore moins de sexualité. Et donc, enfermé dans un carcan, j’ai joué une hétérosexualité qui n’était pas du tout “mon chef”. Et quand j’ai eu ma première relation avec un garçon, j’ai eu la révélation. »

La carrière de Michel Lapierre débute en 1971, lorsqu’il réussit à intégrer la police. A ses débuts au sein de la PJ de Lyon, le jeune homme va cacher son homosexualité. Mais une fois bien intégré et en poste, il va se confier : « J’ai baissé la garde, j’ai parlé en toute confiance à quelques collègues. Ils ne paraissaient pas choqués. Mais ça a fini par se savoir et mon patron m’a convoqué. Il m’a dit : P’tit, j’ai appris que t’étais pédé. Tu pourrais me raconter que t’es marié et que t’as plusieurs maîtresses que ça m’emmerderait moins. Mais ça, je ne te le pardonne pas. Et, il m’a demandé de lui restituer ma carte qu’il a découpé au ciseau ».

Malgré le harcèlement, Michel va faire de la résistance. Mais après une mutation dans un secrétariat de Chambéry, privé du « terrain » et d’action, le jeune inspecteur va céder et quitter la police. « La Police a toujours été une évidence pour moi. C’était ma vocation. J’étais un mec de terrain. Là, on me “remettait dans le placard”. Mais vous savez, le plus ironique, c’est que le jour même où l’on m’a “viré”, j’ai rencontré celui qui allait devenir l’homme de ma vie. J’étais privé de carrière mais j’ai trouvé l’amour ».
Et Michel nous présente alors son compagnon : « 37 ans après, nous voilà, toujours amoureux. Il travaillait dans la restauration, il arrivait du midi. Après cette symphonie inachevée de la Police Nationale, on s’est recyclé dans la “sécurité” pour essayer de me rapprocher un peu de la Police. On était loin du compte. Et, comme j’ai toujours eu un sens artistique… j’ai créé il y a 27 ans une société de réalisation de films-documentaires. On en vit pas toujours mais c’est que du bonheur. C’est une autre passion mais ça ne vaudra jamais la Police Nationale », assure Michel « très fier aujourd’hui », ajoute-t-il en nous montrant sa carte : « d’avoir intégré en tant qu’ancien policier l’association Flag! »

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L’homophobie tue aussi dans la police et la gendarmerie !

Un témoignage édifiant qui « nous autorise à constater que si la société a progressé, beaucoup reste à faire contre les préjugés. Surtout après les débats sociétaux, parfois violents, qui ont entouré le vote de la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe », explique Mickael Bucheron.

« Aujourd’hui encore malheureusement, dans le cadre de nos multiples déplacements dans les services, de très très nombreux témoignages rapportent que la principale origine de certains suicides reste l’homophobie ! La plupart du temps, ça vient de l’environnement professionnel immédiat et du harcèlement quotidien. »

Reconduit dans ses fonctions, le président de Flag! avait demandé, en préambule de son discours, l’observation d’une minute de silence une minute de silence à la mémoire des trois policiers assassinés lors des attentats de ce début d’année (https://www.stophomophobie.com/hommage-la-police-nationale-et-la-police-municipale-endeuillees-nous-sommes-charlie/) et de toutes les victimes qui ont mis fin à leurs jours : « Un triste record dont nous nous serions bien volontiers passés ! »

AssembléeGénérale-FlagAprès 13 ans d’existence, Flag ! a franchi en 2014 une nouvelle étape

Pour la première fois, l’assemblée générale était clôturée par un discours de Monsieur MAINSARD, Conseiller police au sein du cabinet de Bernard Cazeneuve, Ministre de l’intérieur. Ce dernier a d’ailleurs rappelé les engagements forts du ministère de l’intérieur, depuis 2013 notamment, pour soutenir Flag !. Il a listé pèle mêle, la modification du Code de déontologie de la police et de la gendarmerie nationale, l’accueil en octobre 2013 du Conseil d’administration de l’European Gay Police Association, le soutien du ministère de l’intérieur à la campagne de sensibilisation à l’homophobie en mai 2014, Flag ! et le Ministère de l’Intérieur mettent l’homophobie à l’amende, et la signature en 2014 d’une convention liant l’association à la police national. « Sans nul doute un marqueur majeur » souligne Mickael Bucheron, «Une convention que nous souhaitons d’ailleurs établir avec la Gendarmerie Nationale pour permettre à nos collègues de s’impliquer aussi facilement que les Policiers au sein de Flag !. Il me semble primordial que les Gendarmes, sous-officiers et officiers bénéficient d’une telle formation ».

Intervention précédée par le discours du Colonel FRANCOIS, de la Direction Générale de la Gendarmerie Nationale qui a ainsi rappelé son soutien à Flag ! dans son projet de réaliser et produire un film destiné à être diffusé dans les écoles de gendarmerie, projet qui sera financé par la DGGN. Le Colonel a également souligné les réflexions menées conjointement pour améliorer l’accueil des personnes trans et la rédaction d’un protocole pour les personnes trans dans la gendarmerie.

En attendant, les chiffres communiqués par le Ministère de l’Intérieur à Flag ! montrent une forte hausse des faits enregistrés en zone Police (618 faits en 2014 contre 253 en 2013) et une hausse de 21,6 % en zone gendarmerie (563 cas en 2014 contre 463 en 2013).

Accueil des victimes et du traitement judiciaire de l’homophobie et de la transphobie

Flag ! estime nécessaire « devant la montée de l’intolérance et de l’extrémisme en raison des croyances religieuses, de l’orientation sexuelle ou de l’identité sexuelle, préoccupant à juste titre l’Union européenne » de tout mettre en œuvre « pour inciter les personnes LGBT à déposer plainte lorsqu’elles sont victimes d’infractions et d’y apporter une VRAIE réponse pénale ». Si ces chiffres (1181 faits constatés) encore très en dessous de la réalité vécue au quotidien par les LGBT, démontrent malheureusement la recrudescence des actes homophobes et transphobes, ils sont encourageants « parce qu’ils indiquent que les interventions en écoles de police ont, semble t-il, porté leurs fruits lors du recueil des plaintes grâce à la distribution de notre procès-verbal regroupant tous les codes infractions des crimes, délits et contraventions commis à raison de l’orientation sexuelle et de l’identité sexuelle ».

Interrogé, Mickaël Bucheron, précise « En zone gendarmerie par exemple, il est intéressant de noter que 90 % des actes homophobes et transphobes relèvent de la loi de presse, c’est à dire des injures et des faits de diffamation. Il témoigne de la violence verbale employée par des opposants toujours plus visible, et le ras le bol des personnes LGBT qui se laissent moins faire. Je l’ai dit dans mon discours mais la forte hausse en 2014 des chiffres “police” notamment témoignent de l’intérêt d’aller à la rencontre des élèves policiers et de les sensibiliser. Ils confirment aussi la réalité de la violence homophobe et transphobe dans notre pays. Il est important que les pouvoirs publics à commencer par la Police/Gendarmerie et la Justice en prennent la mesure et agissent fermement. Le souhait de Flag ! de voir un jour créer un service spécialisé d’accueil des victimes LGBT et du traitement judiciaire des actes LGBT-phobes, à l’image de ce qui se fait ailleurs en Europe, pourrait être une première réponse ».

Terrence Katchadourian
@stop_homophobie

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>> Le droit à l’indifférence, coming out chez les flics, de Michel Lapierre, aux éditions Michalon. 256 pages. 17 euros. Vous pouvez également commander le livre sur Amazone.