Suicide de Caroline Grandjean : l’Éducation nationale reconnaît des défaillances, sans désigner de responsable

L’Éducation nationale a reconnu une « défaillance institutionnelle » dans le suivi de Caroline Grandjean, directrice d’école dans le Cantal, victime de harcèlement lesbophobe, qui s’est suicidée le 1er septembre 2025, jour de la rentrée scolaire. Cette reconnaissance intervient à l’issue d’une enquête administrative rendue publique ce jeudi 5 février, mais aucune responsabilité individuelle n’a été retenue, une conclusion vivement critiquée par ses proches.

Âgée de 42 ans, Caroline Grandjean dirigeait une école primaire à Moussages, une commune rurale du Cantal. À partir de 2023, elle avait été la cible d’insultes et de menaces homophobes répétées, matérialisées notamment par des tags découverts sur les murs de l’établissement, assimilant son orientation sexuelle à des stéréotypes criminels. Ces faits avaient profondément affecté l’enseignante, qui avait été placée en arrêt maladie prolongé.

Selon les conclusions de l’enquête, l’institution scolaire n’a pas su apporter un soutien suffisant et adapté, notamment face aux tensions persistantes avec certains parents d’élèves. Le rapport évoque un sentiment d’isolement, un accompagnement jugé insuffisant et des décisions administratives vécues comme injustes par la directrice, sans toutefois établir de faute disciplinaire ou hiérarchique précise.

Parmi les éléments relevés figure le refus d’une bonification de points dans le cadre d’une demande de mutation, malgré la reconnaissance du statut de travailleur handicapé (RQTH) de Caroline Grandjean. Une décision qui, selon ses proches, a renforcé le sentiment d’abandon et d’incompréhension face à une administration perçue comme sourde à sa situation personnelle et professionnelle.

La veuve de Caroline Grandjean, Christine Paccoud, a exprimé sa profonde déception à la lecture des conclusions. Elle dénonce une reconnaissance « sans conséquences » et estime que l’absence de responsables identifiés empêche toute remise en question réelle du fonctionnement de l’institution. Des démarches judiciaires ont été engagées afin de faire reconnaître les manquements de l’État dans la protection de ses agents.

En France, si les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle sont interdites par la loi, les signalements de harcèlement en milieu scolaire, visant aussi bien les élèves que les personnels, demeurent fréquents.

Le ministère de l’Éducation nationale affirme vouloir tirer les enseignements de cette affaire et annonce un renforcement de la formation des cadres à la gestion des situations de détresse et de discriminations. Une reconnaissance qui reste néanmoins insuffisante, sans mesures concrètes de prévention, de protection et de sanctions effectives.

Plus de cinq mois après la mort de Caroline Grandjean, son histoire continue de symboliser les failles persistantes de l’institution face aux violences lesbophobes, et la nécessité d’une réponse publique plus ferme pour garantir la sécurité et la dignité de toutes et tous.