Sénégal : perquisitions dans une affaire d’« homosexualité présumée », questions sur les droits LGBTQIA+ et la prévention

Au Sénégal, une enquête judiciaire concernant plusieurs personnes soupçonnées d’« activités homosexuelles » a entraîné des perquisitions et la saisie de préservatifs et de lubrifiant, rapportent plusieurs médias locaux. Ces éléments ont été versés au dossier pour, selon les autorités, « approfondir les investigations » et « établir le contexte des faits présumés ».

L’affaire concerne notamment Pape Cheikh Diallo, animateur de télévision, et l’artiste Djibril (ou Djiby) Dramé, interpellés avec plusieurs autres personnes. Au total, une douzaine d’individus auraient été arrêtés dans le cadre de cette procédure, ouverte pour des faits qualifiés d’« actes contre nature », d’association de malfaiteurs et, pour certains, de mise en danger de la vie d’autrui. L’enquête est menée par la brigade de recherches de Keur Massar, sous l’autorité du parquet compétent.

Un cadre légal contesté

Au Sénégal, les relations sexuelles entre personnes de même sexe sont pénalement réprimées par l’article 319.3 du Code pénal, un texte hérité de la période coloniale. Cette disposition prévoit des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement. Elle est régulièrement critiquée par les organisations de défense des droits humains, qui estiment qu’elle porte atteinte au droit à la vie privée et favorise les arrestations fondées sur des soupçons plutôt que sur des faits établis.

Dans ce contexte, la mise en avant d’objets de prévention tels que des préservatifs ou du lubrifiant interroge sur leur valeur probante dans une procédure pénale, ces objets étant légaux et largement utilisés dans le cadre de la santé sexuelle.

Des enjeux de santé publique

Des acteurs de la santé et des ONG soulignent que l’assimilation de matériels de prévention à des éléments suspects peut avoir des effets dissuasifs sur l’accès à la protection contre les infections sexuellement transmissibles, notamment le VIH. Le Sénégal est engagé, avec l’appui de partenaires internationaux, dans des programmes de lutte contre le VIH/sida fondés sur la promotion de pratiques sexuelles protégées, sans distinction d’orientation sexuelle.

Les Nations unies et plusieurs agences internationales rappellent que la criminalisation de l’homosexualité constitue un frein à ces politiques de prévention et contribue à la stigmatisation des populations concernées.

Une procédure en cours

À ce stade, aucune décision de justice définitive n’a été rendue. Les personnes interpellées restent présumées innocentes. Les autorités n’ont pas communiqué officiellement sur l’usage judiciaire précis des objets saisis.

Pour de nombreuses organisations, cette affaire illustre et rappelle les tensions persistantes entre un cadre légal répressif, les impératifs de santé publique et le respect des droits fondamentaux des personnes LGBTQIA+, dans un contexte où ces questions restent particulièrement sensibles au Sénégal et dans la région.