Sénégal : le Parlement adopte une loi doublant les peines pour homosexualité

Les députés sénégalais ont adopté mercredi une loi renforçant la répression des relations entre personnes de même sexe, désormais passibles de cinq à dix ans de prison. Le texte, porté par le Premier ministre Ousmane Sonko, a été approuvé par 135 voix pour, aucune contre et trois abstentions, dans un contexte de forte stigmatisation sociale des personnes LGBTQIA+ et d’inquiétudes croissantes des organisations de défense des droits humains.

La réforme modifie l’article 319 du code pénal, issu de la loi du 21 juillet 1965, qui sanctionnait jusqu’alors les « actes contre nature avec un individu de son sexe » d’un à cinq ans de prison. La nouvelle loi introduit une définition plus précise des actes considérés comme « contre nature » et supprime la référence aux « actes impudiques ». Elle pourrait également étendre la répression à l’« apologie » ou au soutien à l’homosexualité, même si les contours exacts de ces dispositions restent à préciser.

Un climat social et politique déjà tendu

Ce durcissement intervient après plusieurs arrestations récentes de personnes LGBTQIA+ et dans un contexte où l’homosexualité reste fortement stigmatisée au Sénégal, pays majoritairement musulman et socialement conservateur. Le gouvernement avait annoncé fin février son intention de renforcer la législation, invoquant des attentes exprimées par certains acteurs religieux et politiques.

Selon STOP homophobie, cette loi « expose davantage les personnes LGBTQIA+ aux violences, au chantage et aux arrestations arbitraires. Criminaliser davantage l’homosexualité ne règle aucun problème social. Cela crée surtout un climat de peur et d’insécurité pour des citoyens déjà marginalisés ».

Réactions des ONG et impact international

Plusieurs ONG internationales, dont Human Rights Watch, ont alerté sur les conséquences de ce durcissement : risques accrus de dénonciations, difficultés d’accès aux soins, notamment pour les personnes vivant avec le VIH, et multiplication des violences.

Cette décision s’inscrit dans un débat plus large sur les droits LGBTQIA+ en Afrique, où certains pays ont durci leurs lois tandis que d’autres ont engagé des réformes de dépénalisation. Les associations locales soulignent que l’enjeu dépasse le cadre juridique : ces lois ont des effets concrets sur la vie quotidienne, la santé et la sécurité des personnes concernées.

Au Sénégal, la loi doit désormais entrer en vigueur après les dernières étapes de promulgation. Une nouvelle étape dans un contexte déjà marqué par la peur et la stigmatisation.

Appel à protéger les personnes LGBTQIA+

Cette loi ne protège personne et ne résout aucun problème social. Nous appelons les autorités sénégalaises à réévaluer cette décision et à considérer les conséquences humaines et sociales de la criminalisation accrue. Chaque citoyen·ne mérite de vivre librement, en sécurité et sans peur.

STOP homophobie réaffirme son soutien aux personnes LGBTQIA+ au Sénégal et en Afrique, et appelle la communauté internationale, les organisations de défense des droits humains et les responsables politiques à dialoguer pour protéger les vies plutôt que de punir l’amour.

« Faire marche arrière n’est pas seulement une question de justice : c’est une question de survie pour des milliers de personnes déjà vulnérables ».