Victime d’une agression raciste et homophobe à Nancy en juin 2023, Gauthier Traoré-Pizzi s’est depuis engagé dans la lutte contre les discriminations. À travers son action au sein de SOS Racisme Lorraine, il défend une approche fondée sur la prévention, la coopération entre les acteurs de terrain et une meilleure orientation des personnes victimes de violences. Une démarche qui soulève une question essentielle : comment éviter que les personnes confrontées à plusieurs formes de discrimination se retrouvent seules face aux dispositifs d’aide ?
En juin 2023, Gauthier Traoré-Pizzi est agressé dans le centre de Nancy, alors qu’il s’apprête à célébrer son trentième anniversaire avec une amie. Dans le témoignage qu’il avait accordé à STOP homophobie qui l’accompagnait, il racontait avoir été la cible d’insultes racistes, puis frappé par deux individus. Des propos homophobes avaient également été scandés par une partie du groupe présent sur les lieux.
L’agression avait mis en lumière la coexistence de plusieurs formes de haine au cours d’un même événement. Elle avait aussi soulevé la question de la reconnaissance de son caractère homophobe, que Gauthier disait avoir vu mis en doute lors de son dépôt de plainte.
Près d’un an et demi plus tard, en octobre 2024, il relance SOS Racisme Lorraine. Son engagement se déploie depuis dans plusieurs domaines, notamment l’éducation, le sport, la culture et la santé. Son objectif est de renforcer la prévention des discriminations et de rapprocher les acteurs susceptibles d’intervenir auprès des personnes concernées.
Des discriminations qui peuvent se cumuler
Le racisme et les LGBTphobies renvoient à des mécanismes distincts. Pourtant, ces formes de haine peuvent se manifester simultanément et se renforcer dans l’expérience d’une même personne.
Une victime ne se résume ni à son origine, ni à son orientation sexuelle, ni à son identité de genre. Lorsqu’elle subit plusieurs formes de discrimination, son accompagnement doit tenir compte de l’ensemble de sa situation, sans minimiser aucune des violences rapportées.
Cette réalité pose un défi aux associations spécialisées. Chacune dispose de compétences et de connaissances propres, mais les situations rencontrées sur le terrain ne correspondent pas toujours aux catégories dans lesquelles les dispositifs d’aide sont organisés.
Une personne victime de racisme et d’homophobie peut ainsi avoir besoin de plusieurs formes de soutien : écoute, accompagnement juridique, aide sociale ou soutien psychologique. Encore faut-il qu’elle puisse accéder aux interlocuteurs appropriés sans multiplier les démarches ni devoir raconter son histoire à chaque nouvelle structure.
L’enjeu consiste donc à mieux coordonner les réponses, tout en préservant les compétences spécifiques de chaque association.
Créer des passerelles entre les acteurs de terrain
Depuis la relance de SOS Racisme Lorraine, Gauthier Traoré-Pizzi développe une approche qui dépasse le seul cadre de la sensibilisation traditionnelle.
Dans le sport, le projet One Team rassemble plusieurs clubs autour d’une démarche de prévention des discriminations. Dans les établissements scolaires, l’initiative L’Écho des couloirs, menée au lycée Jeanne-d’Arc, associe les élèves à la création de messages consacrés au respect, au soutien et à l’entraide.
L’association développe également des projets dans le domaine culturel, notamment avec L’Autre Canal et autour d’une initiative avec le Ballet de Lorraine. Elle travaille par ailleurs avec le CHRU de Nancy et différents acteurs territoriaux, notamment dans les Vosges et la Meuse.
Ces initiatives reposent sur une idée : la lutte contre les discriminations ne peut pas reposer uniquement sur les associations spécialisées. Les établissements scolaires, les clubs sportifs, les structures culturelles, les professionnels de santé et les services publics peuvent eux aussi être confrontés à des situations de violence ou de mise à l’écart.
Ils peuvent également constituer des points de contact importants pour les victimes. Encore faut-il que les personnes qui recueillent leur parole sachent reconnaître les situations préoccupantes et identifier les relais adaptés.
La coopération entre ces acteurs peut ainsi contribuer à améliorer la prévention, le repérage des violences et l’orientation des personnes concernées.
La spécialisation des associations reste essentielle
Mieux travailler ensemble ne signifie pas que toutes les structures doivent intervenir de la même manière. Au contraire, la coopération prend tout son sens lorsque les compétences de chacune sont clairement identifiées.
Les associations engagées contre les LGBTphobies possèdent une expertise particulière sur les violences liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre, leurs conséquences et les besoins des personnes concernées. Les organisations spécialisées dans la lutte contre le racisme disposent, de leur côté, de connaissances et de moyens d’action spécifiques.
Lorsque ces réalités se croisent, la possibilité de s’appuyer sur plusieurs interlocuteurs peut permettre un accompagnement plus adapté.
Cela suppose des relais identifiés, une bonne connaissance des dispositifs existants et le respect du choix des personnes accompagnées. La transmission d’informations doit également se faire avec leur accord et dans le respect de la confidentialité.
Pour les victimes, l’objectif est simple : ne pas avoir à déterminer seules quelle structure est compétente, ni se retrouver renvoyées d’un organisme à l’autre sans réponse adaptée.
De la dénonciation à l’action durable
La médiatisation des violences permet de rendre visibles des faits qui, autrement, risqueraient de rester méconnus. Elle contribue aussi à rappeler que le racisme et les LGBTphobies ne relèvent pas de simples conflits individuels, mais de discriminations qui appellent des réponses collectives.
Toutefois, la dénonciation publique ne suffit pas à elle seule. La prévention, la formation des professionnels, la connaissance des recours et la coordination des acteurs sont également nécessaires pour améliorer la prise en charge des victimes.
C’est cette dimension que Gauthier Traoré-Pizzi met en avant dans son engagement actuel. Il privilégie la mise en place de dispositifs et de collaborations susceptibles de perdurer au-delà d’une mobilisation ponctuelle.
Cette approche rappelle que la lutte contre les discriminations se joue aussi dans les pratiques quotidiennes : la manière dont une parole est recueillie, dont une violence est reconnue et dont une personne est orientée vers une aide appropriée.
Cette question rejoint un enjeu central : garantir aux personnes victimes de LGBTphobies une écoute attentive et un accompagnement adapté, y compris lorsque les violences subies comportent d’autres dimensions discriminatoires.
Reconnaître la spécificité de chaque forme de haine tout en organisant des réponses coordonnées : c’est l’une des conditions pour que les victimes ne soient pas laissées seules face aux violences qu’elles subissent.







