Pays-Bas : l’acceptation de l’homosexualité recule fortement chez les ados

Aux Pays-Bas, l’acceptation de l’homosexualité a fortement reculé chez les adolescent·es de 12 à 16 ans en quatre ans. Selon la nouvelle édition de l’enquête HBSC (Health Behaviour in School-aged Children), menée par l’Université d’Utrecht et l’institut Trimbos, la proportion de garçons scolarisés dans le secondaire ayant une attitude positive à l’égard de l’homosexualité est passée de 40 % en 2021 à 22 % en 2025. Elle a donc presque été divisée par deux.

La baisse concerne également les filles. Parmi les élèves du secondaire, la proportion ayant une attitude positive est passée de 78 % à 51 % en quatre ans. Les filles restent ainsi plus positives que les garçons, mais le recul est lui aussi marqué.

L’enquête, publiée le 21 septembre 2026, porte sur les jeunes scolarisés en primaire et dans le secondaire, de 11 à 16 ans, et suit depuis 2001, tous les quatre ans, leur santé et leur bien-être aux Pays-Bas.

Une rupture avec la tendance précédente

La baisse est d’autant plus frappante qu’elle rompt avec la tendance observée jusqu’en 2021. Les jeunes Néerlandais étaient alors devenus progressivement plus favorables à l’homosexualité.

En 2025, la proportion de garçons ayant une attitude positive retrouve un niveau proche de celui des premières années de mesure. Les chercheurs soulignent toutefois que les résultats ne sont pas directement comparables sur toute la période en raison de changements dans la méthode de l’enquête.

La question de la visibilité à l’école évolue dans le même sens. La proportion d’élèves du secondaire estimant qu’un camarade gay ou lesbien peut parler ouvertement de son orientation sexuelle dans son établissement est passée de 60 % en 2021 à 45 % en 2025.

Autrement dit, l’évolution ne concerne pas seulement les opinions. Pour une partie croissante des adolescents, il semble aussi plus difficile d’être ouvertement homosexuel à l’école.

Un recul qui touche largement les jeunes

La baisse est observée chez les jeunes avec comme sans origine migratoire. Elle apparaît également dans les différents niveaux scolaires. Ces différences existaient déjà auparavant et ne permettent donc pas, à elles seules, d’expliquer le recul constaté.

Pour Gonneke Stevens, chercheuse principale de l’étude et professeure à l’Université d’Utrecht, l’ampleur de cette baisse était difficile à prévoir. Les chercheurs s’attendaient à un recul, mais pas à une évolution aussi importante.

Cette baisse intervient dans un contexte scolaire lui aussi plus difficile. Les élèves du secondaire aiment de moins en moins leur école et jugent plus négativement l’ambiance entre camarades. Ils déclarent également davantage être victimes de harcèlement.

Les réseaux sociaux et le débat public en question

Les chercheurs évoquent plusieurs pistes pour comprendre cette évolution. Ils citent notamment le durcissement du débat public autour des questions LGBT+, les réseaux sociaux et la diffusion de discours plus conservateurs.

Gonneke Stevens souligne notamment que la diversité sexuelle a davantage été remise en question ces dernières années, y compris par des personnalités publiques et politiques. Les critiques visant les actions de sensibilisation dans les écoles, comme Paarse Vrijdag, ou l’éducation sexuelle participent aussi à ce climat.

Les chercheurs s’intéressent également à la « manosphere », un ensemble de communautés et d’influenceurs en ligne qui défendent une vision très traditionnelle des rapports entre les femmes et les hommes. Certains de ces espaces diffusent aussi des discours hostiles aux personnes LGBT+.

Mais il faut rester prudent : l’étude ne permet pas d’établir qu’un facteur précis serait responsable à lui seul de la baisse de l’acceptation. Elle montre une évolution des attitudes, pas son origine.

Des jeunes LGBT+ témoignent néanmoins d’un climat plus difficile à l’école, avec des insultes, des remarques homophobes et des réactions négatives à la visibilité LGBT+.

Ces résultats sont d’autant plus préoccupants que l’école reste un lieu essentiel pour permettre aux jeunes LGBT+ de vivre leur orientation sexuelle sans avoir à se cacher et pour prévenir les discriminations et les violences homophobes.