Mariage homosexuel : « Je mettrai un cadenas sur les portes de la mairie »

La loi sur le mariage gay passe mal chez certains élus ruraux. Si beaucoup vont s’y plier, parfois avec amertume, d’autres font de la résistance

« Je mettrai un cadenas sur les portes de la mairie ». Claude Paris le reconnaît lui-même. Cette phrase a un côté provocateur. Elle a cependant le mérite de résumer en quelques mots la pensée du maire de Cunfin. Ostensiblement opposé à la loi sur le mariage pour tous, l’élu a une position bien tranchée : « Je ne marierai pas de couples homosexuels et cela, quelles que soient les conséquences. S’il faut démissionner ou aller en prison. Si un de mes adjoints veut le faire, je cadenasserai les portes de la mairie. J’irai jusqu’au bout », prévient l’élu qui assure néanmoins ne pas être homophobe.

« Si c’est obligatoire… »

Celui qui se dit « très respectueux des lois » n’a paradoxalement pas le sentiment d’en transgresser une en refusant d’ordonner un mariage entre deux femmes ou deux hommes.
Le respect de la loi, c’est bien souvent ce qui oblige les élus locaux à ne pas fermer la porte à un mariage gay. Non sans amertume : « Si c’est obligatoire, on ne peut pas faire autrement. Si vraiment un couple homosexuel veut se marier, j’essaierai ou je le ferai faire, mais ça ne me tente pas du tout. S’ils pouvaient aller ailleurs, ça m’arrangerait » glisse Gérard Guénin, maire de Polisot.

Union « contre-nature »

Certains de ses confrères regrettent d’ailleurs qu’une marge de manœuvre ne soit pas laissée aux élus pour pouvoir leur permettre de ne pas assister à ces unions : « Il n’est pas question pour moi de célébrer un mariage homosexuel. C’est contre ma conscience. J’estime que c’est contre-nature, incohérent, même si je respecte chaque personne et que je ne suis pas homophobe. Le président aurait dû laisser aux maires une liberté de conscience pour que nous puissions avoir la possibilité de refuser » assure Jean-Marie Kennel, maire du village de Saint-Usage.
Cette loi sur le mariage pour tous et l’adoption des couples homosexuels a même eu raison de son mandat : « Pour moi, cette affaire a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Je ne vais pas démissionner parce que mon mandat arrive bientôt à échéance mais, à cause de cela, je ne me représenterai pas » affirme l’édile.

« Il fallait gagner les élections »

Au sein du Barséquanais, les votes UMP et FN dépassent largement le vote socialiste lors des élections nationales. Dans ce contexte, rien d’étonnant à ce que bon nombre d’élus ruraux de l’est du département demeurent opposés à cette loi, même si la plupart des élus contactés assurent qu’ils la feront respecter : « Je me situe plus dans l’opposition et je ne suis pas spécialement pour cette loi. Si on me le demande, je le ferai malgré mon opposition. C’est la démocratie. Il fallait gagner les élections » analyse Michel Tassin, maire de Loches-sur-Ource. Le premier mariage homosexuel est prévu cet après-midi à Montpellier.

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Benoît SOILLY
lest-eclair.fr