Mariage gay : pouvait-on prévoir une telle agitation ?

Après l’agitation provoquée ces derniers mois autour de loi autorisant le mariage pour tous, il est difficile d’admettre que l’homosexualité n’est plus un sujet sensible en France. Pour y voir plus clair, remontons le fil de nos archives audiovisuelles, principe même de cette chronique.

Depuis quand parle-t-on de l’homosexualité dans les médias ? La plus ancienne trace que l’on peut dénicher aujourd’hui date du 6 juin 1950.  Dans une émission consacrée à la sexualité des adolescents sur Paris Inter, François Dolto parle alors d’un  » problème « .  » Tous les hommes qui souffrent, ou qui ne souffrent pas, sont des hommes qui sont fixés beaucoup trop étroitement à leur mère. Que ces mères les envoient davantage du côté de leur père, et du côté des autres femmes en conversation générale et en rapport sociaux  » affirme la psychanalyste, qui poursuit son raisonnement en soutenant que l’homosexualité chez les jeunes adultes est «  une continuation des rapports parasites de l’enfant avec sa mère « .

Dans les décennies qui suivront, alors que le débat public n’évolue pas ou peu, les médias et la frange populaire du cinéma véhiculeront une image essentiellement folklorique de l’homosexuel. Bienvenues aux  » folles « , aux  » tatas « , dont Zaza Napoli, ce personnage célébrissime créé par Jean Poiret et incarné par Michel Serrault sera en quelque sorte l’ambassadrice, dans une France où l’union physique de deux personnes de même sexe est encore un délit (il ne sera abrogé que le 27 juillet 1982). Dans les années 80, les plus délurées de la deuxième moitié du XXè siècle, c’est sous la forme d’un gros gag qu’est célébré le premier mariage gay, les deux humoristes stars Coluche et Thierry Le Luron s’unissant pour le meilleur et pour le rire en septembre 1985.

La première personnalité à avoir pu et su ignorer ce contexte un peu obscur est Jean-Louis Bory. Star du  » masque et la plume  » sur France Inter, écrivain et critique de cinéma, le Prix Goncourt 1945 se confie pour la première fois sur ses préférences sexuelles dans  » ma moitié d’orange « , livre dont il fera la promotion dans de nombreuses émissions, dont  » samedi soir  » sur Antenne 2, le 17 février 1973. Face à un Philippe Bouvard visiblement pas très affûté sur le sujet, Bory sidère la cantonade en assurant que l’homosexualité n’est pas l’apanage des milieux artistiques parisiens, et qu’il y a  » des camionneurs et des poinçonneurs en province qui ont une espèce de Denise en eux « . Dans une longue tirade teintée d’humour et d’espoir, l’homme de lettres revendique le droit au bonheur pour tous, point de départ du mariage pour tous. Il osera désormais évoquer librement le sujet à chacune de ses apparitions sur le petit écran, jusqu’à ce jour de 1977 où il est conspué par ce docteur à l’homophobie avérée et assumée, Henri Amoroso, dans une autre émission de Philippe Bouvard,  » De l’huile sur le feu « . Avant de se moquer outrageusement des mœurs de Jean-Louis Bory, qu’il qualifie de malade et de dérangé, Amoroso se demande sérieusement : «  je dois l’appeler Monsieur ou Madame ?  » Deux ans plus tard, Jean-Louis Bory met fin à une dépression en se tirant une balle dans le cœur, laissant à d’autres le soin de poursuivre l’histoire.

http://www.franceinfo.fr/politique/rattrape-moi-si-tu-peux/mariage-gay-pouvait-on-prevoir-une-telle-agitation-1109293-2013-08-18