Homoparentalité : l'adoption par les couples homosexuels n'inquiète pas la majorité des pédopsychiatres

Homoparentalité : l'adoption par les couples homosexuels n'inquiète pas la majorité des pédopsychiatres

L’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels n’inquiète pas la majorité des pédopsychiatres interrogés par l’AFP, à condition que les parents expliquent clairement à leurs enfants leurs origines pour éviter toute confusion.

En l’état actuel des connaissances, « on a tous l’impression qu’ils s’en sortent plutôt bien », estime Bernard Golse, chef du service de pédopsychiatrie de l’hôpital Necker à Paris, membre du Conseil supérieur de l’adoption et psychanalyste.

Il souligne néanmoins les limites scientifiques des études censées examiner le développement des enfants élevés dans des contextes homoparentaux, qui n’ont jamais porté sur plus de quelques dizaines de familles.

« Il y a une difficulté pour accéder aux familles homoparentales » car elles sont peu nombreuses et ne sont répertoriées nulle part, explique Agnès Florin, professeur en psychologie de l’enfant à l’université de Nantes.

Si l’on se fie néanmoins à ces travaux, américains pour la plupart, « le développement des enfants n’est pas altéré par le fait de vivre dans une famille homoparentale », relève-t-elle.

Même pour Pierre Lévy-Soussan, psychiatre et psychanalyste opposé au projet, le fait que « le père ou la mère ait un nouvel ami du même sexe n’a jamais posé de problème ».

En revanche, tous soulignent l’importance de l’environnement familial et extrafamilial et la nécessité d’expliquer clairement à l’enfant quelles sont ses origines, surtout s’il est né dans une famille homoparentale (par opposition à une recomposition familiale après sa naissance).

Un risque de « désert filiatif »
« Ce n’est pas le type de famille en soi qui aura un impact sur l’enfant, mais la prise en compte de ses besoins », la qualité des « relations familiales » ou le regard de l’entourage, note Agnès Florin.

« La construction du roman familial » sera « plus complexe pour l’enfant s’il y a des incertitudes, des non-dits, des secrets par rapport à ce qui entoure sa naissance », relève le psychiatre et psychanalyste Serge Hefez.

Ces clarifications seront d’autant plus nécessaires avec la nouvelle loi, puisque l’enfant pourra avoir légalement deux papas ou deux mamans.

Mais, pour Serge Hefez, les difficultés sont surmontables si les parents expliquent « très rapidement » à l’enfant d’où il vient et qu’un tiers est intervenu dans sa conception.

En revanche, le Dr Lévy-Soussan estime que, dans une filiation légale avec deux pères ou deux mères, l’enfant se retrouve dans une impasse psychologique.

« Imaginer venir de deux personnes du même sexe, cela renvoie (l’enfant) à une fiction impossible », qui se perd alors dans « un désert filiatif », affirme le psychanalyste, opposé à ce qu’on « éradique » un père ou une mère.

Agnès Florin bat en brèche cette inquiétude, estimant qu’en aucun cas un enfant ne peut croire qu’il est né de deux femmes ou de deux hommes, et parce que « les enfants ne vivent pas qu’avec leurs parents » mais aussi avec les amis, les oncles, les tantes…

Le Pr Golse affirme lui qu’il y a bien un risque que l’enfant se « forge » cette idée car « la rationalité n’est jamais plus forte que le fantasme ».

Mais contrairement au Dr Lévy-Soussan, il se montre favorable à la nouvelle loi. Et pour éviter à l’enfant d’être « pris dans une représentation folle de ses origines », il conseille lui aussi aux parents de lui expliquer qu’il y a eu « intervention de quelqu’un d’autre qui l’a fait naître ».

« Ce qui est très important, c’est que les enfants soient élevés dans un système qui les ouvre à la différence, qu’ils ne soient pas pris dans une relation symbiotique binaire », ajoute le Pr Golse, invitant ses confrères psychanalystes à ne plus se focaliser « sur la différence sexuelle ».

Mme Florin relève en outre que la nouvelle loi « va banaliser » les familles homparentales et ce faisant, faciliter la vie des enfants. « Autrefois, on pointait du doigt les enfants de mères célibataires ou de divorcés », rappelle la psychologue.

Julie CHARPENTRAT
(Source AFP)