Canada : L'homosexualité, un sujet sensible dans certaines écoles catholiques d'Ottawa

Canada : L'homosexualité, un sujet sensible dans certaines écoles catholiques d'Ottawa

Deux jeunes filles scolarisées en 6e année à l’École élémentaire catholique St. George, dans l’ouest d’Ottawa, n’ont pas été autorisées à présenter un travail de recherche qui portait sur les droits des homosexuels. Cette décision a fortement déplu aux parents de ces fillettes.

Tout a commencé quand une enseignante de 6ème année a demandé à ses élèves de préparer un travail portant sur la justice sociale.

Quinn et Polly, deux jeunes filles âgées de 11 ans, ont alors choisi de faire ce projet sur les droits des homosexuels.

Selon la mère de la première jeune fille, Ann Maloney, les deux amies avaient à cœur de travailler sur cette thématique parce qu’elles entendaient trop souvent le terme « gay » être utilisé avec une connotation négative dans leur école.

« Comme catholique on est prêt. Je pense que c’est l’heure de changer. Et on va commencer avec des petites filles de 11 ans. C’est là que ça va commencer. » — Ann Maloney, mère de l’une des jeunes filles

Elles ont proposé leur projet à leur enseignante, qui en a fait part à la direction de l’école. La réponse négative, qui leur a été transmise il y a deux semaines, les a beaucoup déçues.

« Elles ont eu un sentiment d’injustice très fort. J’étais également très déçu. Je ne m’attendais pas à une telle issue », explique Mme Maloney.

Malgré ce refus, Quinn et Polly ne se sont pas laissé impressionner par la direction. En guise de protestation, le lendemain de la décision, elles se sont présentées à l’école habillées de vêtements arc-en-ciel. Elles ont aussi dessiné sur les mains de leurs camarades qui le désiraient, des motifs représentant le drapeau de la fierté gaie.

Des élèves trop jeunes

La direction de l’école a expliqué aux parents de deux amies que le sujet qu’elles avaient choisi n’était pas approprié pour les enfants qui allaient assister aux présentations.

« Le projet aurait été présenté aux enfants de 4e et 5e année, donc des enfants de 8, 9,10 ans. La direction n’a pas pensé que c’était quelque chose que les enfants devaient voir », précise Ann Maloney.

« On nous a expliqué que l’homosexualité est quelque chose qui est présenté à la 7e et 8e année et que dans une école primaire , […] ce n’est pas une bonne place pour discuter de ça. » — Ann Maloney, mère de l’une des jeunes filles

Les dirigeants du Conseil scolaire catholique d’Ottawa ont décliné les demandes d’entrevue de Radio-Canada, mais ils ont affirmé par voie de communiqué que cette décision avait été prise au motif que l’enseignement des questions liées à la sexualité doit être adapté en fonction de l’âge des élèves.

« Notre programme, qui couvre des sujets allant de l’identité à la sexualité, est développé et enseigné en prenant en compte l’âge des enfants. […] La décision du principal a été prise dans ce contexte et en sachant que le projet serait présenté à de jeunes élèves », est-il indiqué dans le communiqué.

Un manque de dialogue

L’organisme Jer’s Vision, qui effectue des actions de sensibilisation à la diversité dans toutes les commissions scolaires d’Ottawa, déplore l’issue de cette affaire.

« C’est un défi quand une école, ou plusieurs écoles ne veulent pas discuter de diversité », affirme le directeur de Jer’s Vision, Jeremy Dias.

Selon lui, il faut féliciter les enfants et les parents pour la façon dont ils ont réagi. Il croit que cet incident montre bien qu’il y a encore beaucoup de travail à faire en matière de dialogue et de communication au sein des écoles.

La principale de l’École publique Connaught, Amy Hannah, estime pour sa part qu’il faut prendre en compte le fait que le monde extérieur change et que la réalité familiale des enfants qui fréquentent les écoles est très diverse.

« Nous avons des élèves qui font partie de familles qui sont différentes, qui ont deux pères, deux mères. C’est naturel. […] C’est essentiel que les élèves se retrouvent dans le curriculum », conclut-elle.

Pour voir le reportage de Jérôme Bergeron
Source : ici.radio-canada.ca