Au delà de l'Eurovision En Azerbaïdjan, les homosexuels sont mis au ban de la société

Assis dans un des rares bars de Bakou où les homosexuels sont tolérés, Anar raconte qu’il a dû dans un passé encore récent prétendre avoir une petite amie pour ne pas être mis au ban de la société, l’homosexualité étant encore considérée comme une tare dans l’ancienne république soviétique d’Azerbaïdjan.

« Il y a un an, mes meilleurs amis m’ont dit que je devais aller voir un psychologue pour ne plus être gay et pour être soigné. Alors, pour ne pas aller voir un psy, je leur ai dit que j’avais une petite amie », déclare cet étudiant de 19 ans, se présentant sous un pseudonyme de crainte de représailles.

« Mais, aujourd’hui, je ne fais plus semblant », ajoute-t-il.

« Nous étudions dans le même groupe à l’université, mais ils détournent le regard (à mon passage) et ne me serrent même plus la main ni ne me disent bonjour », déplore-t-il.

L’Azerbaïdjan a été sous le feu des projecteurs en accueillant samedi la finale de l’Eurovison, suivie par plus de 100 millions de téléspectateurs dans le monde, avec notamment en toile de fond des accusations d’ONG qui dénoncent depuis des années des violations des droits de l’homme.

Les homosexuels n’y ont par exemple aucun droit et les autorités vont jusqu’à dire que le « problème » n’existe pas, pour la simple et bonne raison qu’il n’y en aurait pas en Azerbaïdjan.

« Nous n’avons pas ce genre de problème (…). Il y a deux ou trois personnes malades dans tous les pays. Des gens essaient de rendre ça populaire. Mais ici, en Azerbaïdjan, nous n’avons pas ce genre de problème », assure ainsi le professeur Hadi M. Rajabli, président du comité parlementaire sur la politique sociale.

Récemment, ce pays du Caucase, en majorité musulman, mais largement laïc, a été au coeur d’une polémique avec l’Iran voisin, des rumeurs sur des sites internet ayant fait état d’une « gay pride » à Bakou en marge de l’Eurovision.

Ali Hasanov, un haut responsable de l’administration présidentielle, avait alors confirmé la politique de l’Azerbaïdjan en la matière, déclarant qu' »il n’y a même pas de mot dans la langue azerbaïdjanaise pour une marche gay ».

Vügar Adigözalov, 21 ans, est l’un des rares homosexuels à afficher ouvertement son orientation sexuelle. Il a créé, il y a un an, l’association « Azerbaïdjan Free LGBT », la seule de ce pays à se revendiquer gay et lesbienne et qui compte aujourd’hui 90 membres environ.

Son association essaye de montrer que les personnes homosexuelles et bisexuelles « sont des membres normaux de la société, qu’ils sont aussi des citoyens du pays », dit-il.

Selon lui, peu de gens comprennent ce qu’est l’homosexualité.

« Il y a des stéréotypes. Quand on leur dit « gay », les gens pensent à des hommes qui s’habillent avec des vêtements de femmes et qui vivent de la prostitution », explique le jeune homme qui reconnaît avoir été battu un soir à la sortie de l’université.

« Les gens ne montrent pas la plupart du temps leurs orientations sexuelles, ils sont effrayés d’être pointés du doigt », ajoute Vügar, qui travaille pour une grande compagnie internationale ayant parrainé l’Eurovision à Bakou.

Dans un communiqué récemment publié, le militant britannique Peter Tatchell avait critiqué l’organisation de cet événement en Azerbaïdjan.

Mais, pour des militants locaux, l’Eurovision est l’occasion de faire évoluer les mentalités, grâce à l’exposition mondiale qu’il apporte.

« L’Eurovision va aider les gens à comprendre que les gays ont aussi les mêmes droits », dit Vügar.

D’autres restent cependant moins optimistes : « Après l’Eurovision, les délégations partiront, mais nous, nous resterons », déplore un jeune, sous le couvert de l’anonymat.