Une vingtaine de pays inquiets après l’adoption d’une loi anti-LGBT au Kazakhstan

Une vingtaine de représentations diplomatiques ont exprimé lundi 12 janvier leur vive inquiétude après l’adoption au Kazakhstan d’une loi interdisant la « propagande des relations sexuelles dites non traditionnelles », un texte jugé incompatible avec les obligations internationales du pays en matière de droits humains.

Dans une déclaration conjointe rendue publique à Astana, les ambassades d’Australie, de plusieurs États membres de l’Union européenne, dont la France, l’Allemagne, l’Espagne et la Suède, ainsi que celles de la Norvège, de la Suisse, du Royaume-Uni et la délégation de l’Union européenne ont pris « note avec une profonde préoccupation » des modifications législatives adoptées fin 2025 et entrées en vigueur le 1ᵉʳ janvier 2026.

Les signataires estiment que ces dispositions « ouvrent la voie à des interprétations arbitraires susceptibles de porter atteinte aux libertés fondamentales », en particulier à la liberté d’expression et au principe de non-discrimination. Ils dénoncent également l’analogie faite dans la loi entre orientation sexuelle et pédophilie, rappelant que cette dernière constitue « une infraction pénale grave » sans lien avec l’orientation sexuelle.

Le texte adopté par le Parlement kazakh interdit la diffusion de contenus considérés comme faisant la promotion d’orientations sexuelles autres que l’hétérosexualité, que ce soit dans les médias, sur les plateformes en ligne ou dans l’espace public. Sa formulation, vague, pourrait exposer à des sanctions administratives et restreindre l’accès à l’information ainsi que la liberté d’association, notamment pour les personnes LGBTQIA+ et les organisations qui les soutiennent.

Au-delà de ses effets internes, cette législation inquiète aussi par ses conséquences régionales. « C’est d’abord une mauvaise nouvelle pour les personnes LGBT au Kazakhstan, où s’installe une forme d’homophobie d’État », a déclaré l’ambassadeur de France pour les droits des personnes LGBT+, Jean-Marc Berthon. « C’est aussi très préoccupant, car le Kazakhstan constituait jusqu’à très récemment l’un des points de sortie pour des personnes LGBT russes, qui pouvaient s’y rendre sans passeport avant de poursuivre leur exil vers des pays plus sûrs. Désormais, cette voie d’exil risque de devenir beaucoup plus difficile à emprunter. »

La déclaration conjointe met en garde contre l’impact négatif que cette législation pourrait avoir sur l’image internationale du Kazakhstan. Les pays signataires se disent toutefois prêts à engager un « dialogue constructif » avec les autorités kazakhes.

De nombreuses organisations de défense des droits humains, dont STOP homophobie, dénoncent une remise en cause des engagements internationaux du pays en matière de liberté d’expression et d’égalité. Elles alertent sur les conséquences concrètes pour les minorités sexuelles et de genre, déjà confrontées à des discriminations.

Les autorités kazakhes n’ont pas réagi publiquement à cette déclaration diplomatique. Sur le terrain, des militants redoutent l’instauration d’un climat de censure et une marginalisation accrue des personnes concernées.