Mariage gay Déchirés, les psychanalystes s'envoient Freud à la figure

Pourtant tous héritiers de Freud, les psychanalystes se déchirent sur le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels, les pour comme les contre utilisant la doctrine du maître pour justifier leurs positions.

Interrogés par les médias, auditionnés par les députés, ils sont nombreux à prendre la parole pour défendre ou combattre le projet de loi, qui suscite un large débat dans la société et qui commencera à être examiné en séance publique à l’Assemblée fin janvier.

« Comment, à partir des mêmes prémisses, des mêmes corpus (théoriques) arrivons-nous à des conclusions si différentes ? », s’interroge le psychanalyste Serge Héfez, entendu par les députés jeudi, avec plusieurs de ses confrères.

Psychanalyse et homosexualité ont une histoire compliquée, qui trouve en partie son origine dans les écrits de Freud, « où on relève des ambiguïtés, des contradictions », explique Ruth Menahem, dans la Revue française de psychanalyse.

Par exemple, si Freud a parlé de « perversion » ou de « problème », il a aussi écrit qu’une « telle orientation sexuelle n’est pas une maladie ».

« Ne lui faisons pas dire ce qu’il n’a pas dit », implore l’historienne de la psychanalyse Elisabeth Roudinesco, qui appelle aussi « à ne pas sombrer dans l’anachronisme », Freud ayant vécu à une époque où l’homosexualité relevait encore du juge et du psychiatre.

Quant au mariage, il « traduit la conception de la famille à une époque donnée », deux notions qui ne sont « pas immuables », souligne-t-elle.

Furieux eux aussi de voir certains confrères brandir le complexe d’Oedipe pour combattre le projet, des psychanalystes ont récemment lancé une pétition sur internet pour dénoncer « une supposée orthodoxie psychanalytique » qui viendrait s’opposer au mariage gay.

« Les Tables de la loi »

La psychanalyse « ne doit pas être utilisée de façon « moralisatrice et prédictive » pour dire ce qui doit être ou non, font valoir Laurence Croix et Olivier Douville.

Le « corpus freudien » peut être exploité comme une « référence », mais pas comme « les Tables de la loi », explique dans Le Monde la psychanalyste Caroline Thomson.

« Certains psychanalystes peinent à faire entrer la nouvelle famille dans le corpus freudien (sur la parenté ou le complexe d’Oedipe, notamment). Ils en concluent qu’il faut stopper le changement familial et sociétal », poursuit-elle dans sa tribune.

En ligne de mire, les prises de positions de psychanalystes comme Pierre Lévy-Soussan ou Christian Flavigny.

Pour le premier, « la reconnaissance dans la loi de deux parents du même sexe reviendrait à dire que (la différence des sexes) n’existe pas ou qu’elle ne compte pas ».

Le Dr Flavigny, directeur du département de psychanalyse de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital de La Salpétrière à Paris, estime même que l’ouverture de l’adoption aux couples de même sexe met à mal le tabou de l’inceste car « il va diluer la différenciation des sexes » et donc brouiller le complexe d’Oedipe.

« Les pouvoirs publics dans le projet de loi jouent aux apprentis sorciers avec l’interdit de l’inceste », écrit-il.

Poser « la question de l’inceste dans ce débat est une question indigne et je suis très mécontent », rétorque Serge Héfez tandis que pour Elisabeth Roudinesco, « l’évocation de l’inceste est scandaleuse ».

Estimant que le projet de loi « ne nie pas la différence des sexes », elle invite les opposants à sortir « de la terreur de l’indifférenciation des sexes », rappelant qu’autrefois, « on avait eu peur, en laissant les femmes travailler, qu’elles deviennent des hommes ».