Maga Minaj : le « coming-out » politique qui tourne en polémique homophobe

Le journaliste indépendant Don Lemon, ancien présentateur vedette de CNN, se retrouve au centre d’une polémique nationale aux États-Unis après avoir été la cible d’une attaque à caractère homophobe de la rappeuse Nicki Minaj, récemment rebaptisée sur les réseaux sociaux « Maga Minaj » en raison de son rapprochement assumé avec la droite américaine.

Le dimanche 18 janvier, Lemon couvrait une protestation contre les agents fédéraux de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) au cours d’un service religieux à Cities Church, à Saint-Paul, Minnesota. La manifestation faisait suite à la mort tragique de Renée Nicole Good, une mère de famille de 37 ans abattue par un agent de l’ICE le 7 janvier lors d’une opération d’immigration à Minneapolis. Des manifestant·es dénonçaient la présence d’agents fédéraux et la participation présumée d’un pasteur de l’église affilié à l’ICE, estimant que sa position était incompatible avec son rôle spirituel. Les protestataires ont interrompu le service pour réclamer justice, tandis que le pasteur principal, Jonathan Parnell, dénonçait la perturbation du culte comme « honteuse ».

Don Lemon était présent pour couvrir l’événement, interagissant avec les membres de la congrégation et les manifestant·es pendant près de sept heures de livestreaming, documentant le climat tendu et les revendications des protestataires. Sa couverture a rapidement attiré l’attention de Nicki Minaj, qui a publié sur X un message ciblant Lemon avec un terme homophobe, le qualifiant de « s***** de b**** » et appelant à son emprisonnement. Lemon, ouvertement gay et marié à Tim Malone depuis 2024, a dénoncé ces propos comme une attaque motivée par la haine, qualifiant à son tour la rappeuse de « bigote », et ironisant sur son besoin de validation politique. Il a également rappelé que le mari de Minaj, Kenneth Petty, avait été condamné à un an de prison avec bracelet électronique pour ne pas s’être enregistré comme délinquant sexuel en Californie.

Face à la controverse, Nicki Minaj a tenté de nuancer ses propos, affirmant que son message était intentionnellement provocateur pour susciter une réaction médiatique. Elle n’a pas explicitement nié le caractère homophobe des mots employés, mais a insisté sur le fait que l’objectif était de déclencher une attention publique sur la situation.

La polémique a pris une dimension nationale lorsque le président Donald Trump a relayé le message de la rappeuse sur Truth Social, réclamant une lourde peine de prison pour Lemon en invoquant le Freedom of Access to Clinic Entrances Act, loi fédérale protégeant l’accès aux lieux de culte. Le Département de la Justice a ouvert une enquête sur de possibles violations fédérales liées à la couverture de l’événement.

Longtemps associée à des causes progressistes et perçue comme une alliée de la communauté LGBTQIA+, Nicki Minaj s’est récemment rapprochée du mouvement conservateur MAGA. En décembre 2025, elle est apparue à AmericaFest, un rassemblement organisé par Turning Point USA, aux côtés d’Erika Kirk, veuve du militant d’extrême droite Charlie Kirk, et a multiplié les déclarations favorables à Donald Trump et à son vice-président J.D. Vance.

Cette évolution a entraîné un backlash numérique massif. Plusieurs pétitions en ligne ont demandé la déportation de « Maga Minaj » vers Trinité-et-Tobago, son pays natal. Bien que sans valeur juridique, certaines ont dépassé 120 000 signatures, traduisant la rupture entre l’artiste et une partie de son public historique.

Pour Don Lemon, cette affaire illustre plus largement les pressions et violences auxquelles sont exposés les journalistes LGBTQIA+, en particulier lorsqu’ils couvrent des sujets mêlant politique, religion et droits humains. L’attaque homophobe publique souligne combien la sécurité et la visibilité des journalistes queer restent un enjeu crucial, même lorsqu’ils documentent des événements d’intérêt général.