Sénégal : des patients VIH renoncent à leurs soins par peur des arrestations anti-LGBT+

La fréquentation de plusieurs centres de prise en charge du VIH est en nette baisse au Sénégal, sur fond de durcissement des lois et de multiplication des arrestations visant les personnes LGBT+, selon des données du Conseil national de lutte contre le sida (CNLS) et des responsables sanitaires consultés par Reuters.

Cette situation inquiète les acteurs de santé publique, qui redoutent une rupture dans le suivi des traitements antirétroviraux, essentiels pour contrôler le virus et empêcher sa transmission.

D’après une enquête interne du CNLS menée fin février auprès de 22 centres de traitement, la fréquentation a chuté de 25,6 % en un mois : 1 803 patients se sont présentés en février, contre 2 425 en janvier. Les équipes de terrain évoquent des patients qui renoncent à se rendre dans les structures de soins par peur d’être identifiés, dénoncés ou interpellés.

Rappelons que le Sénégal, où l’homosexualité est déjà criminalisée, a récemment renforcé les sanctions, portant jusqu’à dix ans d’emprisonnement les peines encourues pour actes sexuels entre personnes de même sexe, tout en élargissant la répression à leur « promotion ». Les amendes ont également été fortement augmentées.

Dans ce contexte, plusieurs organisations de défense des droits humains et des sources médicales font état d’une vague d’arrestations depuis le début de l’année. Selon des chiffres cités par des militants et relayés par la presse internationale, au moins 80 personnes auraient été interpellées dans différentes régions du pays. Le gouvernement n’a pas communiqué de bilan officiel global.

Des professionnels de santé et des travailleurs communautaires rapportent que cette situation a des effets directs sur la prise en charge du VIH. Certains patients interrompent leur traitement antirétroviral ou évitent les centres de santé, craignant d’être stigmatisés ou poursuivis.

Des entretiens menés par le CNLS auprès de personnes appartenant à des groupes particulièrement exposés au VIH, notamment des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, confirment ces comportements d’évitement. Les témoignages évoquent la peur d’être reconnus dans les structures médicales et de subir des violences ou des poursuites.

Pour les autorités sanitaires, cette dynamique fait peser un risque majeur sur la santé publique. L’interruption des traitements peut entraîner une reprise de la charge virale chez les patients, augmentant à la fois le risque de transmission du virus et les complications médicales individuelles.

Le Sénégal affiche une prévalence globale du VIH relativement faible, estimée à environ 0,3 % de la population, selon les données nationales et les agences internationales. Mais les infections sont fortement concentrées dans certains groupes, où les taux peuvent être beaucoup plus élevés.

Les organisations internationales, dont l’ONUSIDA et l’Organisation mondiale de la santé, alertent régulièrement sur les effets des lois criminalisant les relations entre personnes de même sexe. Elles estiment que ces dispositifs législatifs freinent l’accès aux soins, renforcent la stigmatisation et compromettent les stratégies de prévention.

Dans une réaction citée par Reuters, l’ONUSIDA rappelle que la criminalisation pousse les personnes concernées à s’éloigner des services de santé, ce qui fragilise les efforts de lutte contre l’épidémie.

Au Sénégal, plusieurs associations impliquées dans la prévention du VIH indiquent également que leurs activités auprès des populations les plus exposées ont été suspendues ou fortement réduites, en raison d’un environnement jugé de plus en plus hostile.

Face à ces alertes, les acteurs de santé publique redoutent, avec un effet durable, une baisse du dépistage, des interruptions de traitement et, à terme, une reprise de la dynamique de transmission du VIH dans certaines communautés.

Les spécialistes estiment que les évolutions récentes pourraient fragiliser des années de progrès.

STOP homophobie a lancé une campagne de dons pour venir en aide aux personnes LGBT+ au Sénégal.

L’enjeu est d’apporter une réponse concrète à des situations d’urgence. La campagne vise à renforcer les dispositifs de protection existants, en finançant des solutions d’hébergement, de prise en charge et d’accompagnement juridique via des réseaux partenaires.

Chaque don permet de soutenir des actions immédiates et de ne pas laisser des personnes seules face au danger.

La campagne est accessible en ligne et ouverte à toutes celles et ceux qui souhaitent agir.

La collecte est ouverte au public sur la plateforme HelloAsso.