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Cameroun - Homosexualité. Vers une journée nationale de lutte contre le comportement «déviant» ?

Cameroun - Homosexualité. Vers une journée nationale de lutte contre le comportement «déviant» ?

Se revendiquant de la même liberté que celle qui permet de stigmatiser la polygamie, us traditionnel africain, des groupes s’activent depuis quelques années en vue de l’institutionnalisation d’une journée au moins nationale de lutte contre l’homosexualité qui prendrait essence au Cameroun.

Dans ce pays, le code pénal réprime en effet la pratique de l’homosexualité.

Un journaliste peu orthodoxe s’impose progressivement sur la scène comme l’étrange mascotte de ce combat dont il n’est pas encore le leader. Il incarne néanmoins la rage de toute une société contre la «déviance» homosexuelle.

Sismondi Barlev Bidjocka est le Camerounais qui a créé sa journée internationale contre l’homosexualité qui se célèbre tous les 21 août et dont le but et de sensibiliser, traquer les homosexuels et exiger une plus grande punition pénale contre ceux qui la pratiquent ou la préconisent. Aujourd’hui, il en prépare la deuxième édition.

Son géniteur ne fut, sans doute, pas moins excentrique que cet activiste homophobe radical, dénonciateur infatigable des excès de l’administration camerounaise voire artificier prolixe du journalisme dont le cheval de bataille est, entre autres, l’augmentation du quantum répressif contre l’homosexualité, «pratique diabolique». Son prénom Sismondi s’inspire de Jean Charles Léonard Simonde de Sismondi, historien, essayiste politique et économiste suisse né à Genève le 9 mai 1773 et décédé à Genève le 25 juin 1842 ; tandis que son autre prénom, Barlev, est d’origine israélo-russe et très présent en hébreux.

On le subit, ainsi, régulièrement dans tous les médias où il mène une évangélisation sans concession contre le phénomène, peu toléré, honni, banni du tissu sociétal. Et c’est peu dire.

Interview à bâtons rompus.

Cameroun : Sismondi Barlev Bidjocka, Entretien avec «Monsieur Homophobie»

Vous apparaissez aux yeux du public comme la personne déclarée la plus engagée contre l’homosexualité au Cameroun. Qu’est-ce que cela vous fait de savoir que vous soyez le Camerounais le plus homophobe?

Si le mot « homophobe » dans leur langue veut dire quelqu’un qui déteste, rejette les comportements homosexuels, alors je le suis à fond. La stratégie de ces gens est assez bien préparée. Ils se disent qu’en disant à quelqu’un : « tu es homophobe», celui-là va répondre « Moi ?  Jamais !». Bref ils veulent susciter un sentiment de culpabilité chez ceux qui rejettent cette criminalité comportementale. Ça marche chez certains. Mais moi je suis blindé. J’ai compris leur jeu malsain depuis, avec cette tendance à vouloir créer le débat pour banaliser cette chose.

À quoi servirait la Journée internationale contre l’homosexualité (21 août) que vous initiez lorsqu’on sait que la communauté dite internationale lutte justement pour les droits des homosexuels dans tous les pays?

La communauté internationale c’est qui ? La France ? Les USA, L’ONU (ce truc utilisé par ceux-là pour leurs basses besognes ?) ? Je les envois se faire foutre. Une journée Internationale de lutte contre l’homosexualité sert à lutter contre cette criminalité comportementale. Au besoin, le Cameroun sera la plate-forme de fer pour porter ce combat comme le Zimbabwe ou encore le Libéria où Ellen Johnson-Sirlieff a demandé à Tony Blair de rester chez lui avec ça.

Vous préconisez notamment le renforcement de l’article 347 bis du code pénal camerounais qui réprime l’homosexualité d’une peine privative de liberté allant jusqu’à cinq ans. Il s’agirait d’y ajouter quelle spécificité pour l’alourdir? Pourquoi?

Il s’agit  d’alourdir cette peine à 20 ans de prison afin de frapper les esprits et réprimer ces comportements malsains qui ne sont pas différents du viol, du vol ou du meurtre.

Il y a trois ou quatre types de relations homosexuelles au Cameroun notamment : celle consistant pour des adultes à convaincre des enfants parfois mineurs à entrer dans des rapport de même sexe; celle d’adultes consentants homosexuels déclarés entre eux, et; celle consistant à imposer des relations homosexuelles à des hétérosexuels à des fins de promotions professionnelles… Quelle est la forme que vous combattez?

Toutes sans exception. Toutes! L’homosexualité quelle que soit sa forme est un crime contre l’humanité, une violation grave des droits de l’homme… Le pire c’est que pour recruter des adeptes ces gens passent toujours par le viol, sachant que une fois accompli, vous n’aurez  d’autre choix que celui là.

Lors d’une visite à l’Élysée récemment où le chef de l’État, M. Paul Biya a été interpellé sur la question par les médias, ce dernier s’est plutôt montré favorable à une ouverture progressive sur la question des droits des homosexuels. N’avez-vous pas l’impression d’être à contre-courant d’une telle évolution?

Ça c’est vous qui avez entendu cela. Moi j’ai entendu le chef de l’état Camerounais dire que « Cette chose-là est interdite par la loi »… Alors si pour des besoins de la propagande vous voulez dire ce qui vous plait, faites-le !

On a remarqué depuis un moment une pression des institutions du système des Nations Unies sur l’État camerounais en matière d’abolition de la criminalisation de l’homosexualité. Ne pensez-vous qu’avec une telle éventualité, votre combat sera à terme inefficace face à la poussée occidentale?

Ils passeront sur nos corps ! La jeunesse africaine dans sa très large majorité n’est plus prête à laisser n’importe qui venir chez nous faire n’importe quoi au nom de la culture de l’Universel. Même si c’est les Nations Unies, ceux-là qui organisent des coups d’État comme en Libye, en Côte d’ivoire, en Syrie,  nous prendrons les armes contre toute présence étrangère désireuse d’imposer cette criminalité chez nous.

On vous a souvent vu taxer l’homosexualité de «pratique satanique». Pouvez-vous nous dire ce que vous entendez par «pratique satanique»?

Il s’agit d’une pratique contre-nature, une pratique diabolique perverse destinée à satisfaire des besoins sadiques de domination ou encore maléfiques.

Vous être le président du RJC (Rassemblement de la Jeunesse Camerounaise) qui est engagé dans ce combat. À quoi sert le RJC et quelle est sa représentativité dans la jeunesse camerounaise?

Le Rassemblement de la jeunesse Camerounaise est la plate-forme indépendante qui réunit tous les jeunes du Cameroun. Notre objectif : la prise en compte des aspirations des jeunes dans le processus de décision. La lutte contre l’homosexualité n’est pas notre raison d’être, mais l’un de nos nombreux combats… Nous aidons les jeunes au quotidien à formuler leurs projets, à comprendre les enjeux du développement, à entretenir les quartiers, etc… Nous regroupons 447 associations avec 4.023 membres et sympathisants. Jusque-là aucune association, aucun regroupement ne mobilise autant de monde au Cameroun en dehors du parti au pouvoir ! Nous l’avons démontré récemment, le 12 Aout dernier, lors de la manifestation de la journée internationale de la jeunesse organisée par le ministère de la jeunesse à l’IRIC (Institut des Relations Internationales du Cameroun, Ndlr).

Dans le combat anti-homosexualité que vous menez depuis des années, pensez-vous avoir le soutien des autorités publiques et du public en général? Comment cela s’est-il souvent manifesté?

Je vous vois venir. Vous voulez peut-être dire que c’est le gouvernement qui nous envoie faire ça, n’est ce pas ?  En tout cas, nous sommes pour le respect de la loi ! Et si le rôle du gouvernement est de veiller au respect de la loi, alors pourquoi ne pas soutenir son action ?

On vous souvent vu aux prises avec Maître Alice Nkom, présidente de l’ADEFHO (Association de défense des homosexuels) sur cette question. Quel est aujourd’hui l’état de vos rapports? Que pensez-vous d’elle?

Personnellement, je n’ai pas un problème d’homme avec cette Dame ! Mais j’estime que quand on est  un citoyen patriote, on ne livre pas son pays aux étrangers pour une bouchée de pain. En plus, il s’agit d’une avocate, c’est-à-dire quelqu’un censé maitriser la loi. En dehors de ce sujet, nous n’avons aucun problème personnel. On discute souvent au téléphone des sujets comme la lutte contre la corruption ou l’affaire Marafa (ancien secrétaire général de la présidence de République incarcéré à la prison centrale de Yaoundé pour des raisons que l’on soupçonne politiques, Ndlr).

Recueillis par Jean-Marc Soboth
avec http://cameroonvoice.com